Le BWRX-300 (GE Vernova / Hitachi). Il est évidemment beaucoup trop tôt pour affirmer que la Thaïlande choisira celui-ci.
La Thaïlande a franchi une étape importante dans son débat énergétique. Lors d’une consultation publique organisée à Bangkok, le ministère de l’Énergie a présenté le projet de plan de développement électrique 2026‑2050 (PDP 2026). Celui‑ci prévoit jusqu’à 9 000 MW de capacité nucléaire issue de petits réacteurs modulaires (SMR) d’ici 2050, afin de garantir une électricité propre et disponible en continu, face à la demande croissante des data centres et des véhicules électriques.
Le secrétaire permanent à l’Énergie, Prasert Sinsukprasert, a indiqué que l’EGAT (Electricity Generating Authority of Thailand) piloterait un premier projet de 300 MW. L’objectif est de bâtir la confiance dans les standards et la supervision réglementaire, en conformité avec les lignes directrices de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avant d’ouvrir la voie au secteur privé.
Dix critères atteints, mais des lacunes à combler
La Thaïlande satisfait déjà 10 des 19 critères d’infrastructure de l’AIEA, mais doit progresser rapidement sur trois points : une politique nucléaire nationale, la création d’un organisme de mise en œuvre et une planification des investissements. Les autorités prévoient aussi de rédiger des lois sur la responsabilité nucléaire, de définir une stratégie de gestion des déchets et d’intégrer les entreprises locales dans la chaîne mondiale des SMR via le Board of Investment.
SMR et solutions de secours
Les SMR sont présentés comme une réponse au besoin d’énergie de base décarbonée : compacts, dotés de systèmes de sécurité passifs, ils peuvent s’auto‑refroidir. Mais le PDP 2026 reste flexible : si la technologie prend du retard, des alternatives sont prévues, comme le solaire couplé à des batteries (BESS) ou le gaz naturel avec capture et stockage du carbone (CCS).
Pression croissante sur le réseau
La demande explose, avec entre 22 000 et 30 000 MW de besoins anticipés exprimés par le marché, principalement portés par les data centres et l’essor de l’intelligence artificielle. Le gouvernement envisage de filtrer les projets pour s’assurer qu’ils apportent une réelle valeur ajoutée à l’économie numérique thaïlandaise.
Le réseau électrique dispose aujourd’hui d’une marge de réserve de 25 %, jugée suffisante à court terme. Mais il faudra investir 300 à 700 milliards de bahts pour renforcer les infrastructures, moderniser le réseau et installer des condensateurs synchrones afin de stabiliser la fréquence.
Tarifs et libéralisation
Le PDP 2026 vise à maintenir le tarif moyen à 3,88 baht/kWh. Les entreprises exigeant une énergie premium, comme les data centres, pourraient toutefois payer davantage. La libéralisation du secteur s’accélère : les accords de fourniture directe (PPAs) devraient dépasser l’allocation actuelle de 2 000 MW et s’ouvrir à d’autres industries. Le gouvernement veut aussi promouvoir l’accès tiers au réseau et encourager l’installation de panneaux solaires résidentiels.
Vers un plan national
La consultation se poursuit une semaine, avant que le projet ne soit soumis au Conseil national de la politique énergétique puis au Cabinet. Pour Prasert, le PDP 2026 doit être « un plan pour tous les Thaïlandais », conciliant sécurité énergétique, attractivité économique et objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050.



