
Bangkok, septembre 2026 – Le gouvernement thaïlandais a ordonné une pause immédiate sur 166 projets de data centers afin d’élaborer de nouvelles normes nationales concernant l’utilisation des ressources, la localisation des sites, la sécurité et les retombées économiques. La décision a été prise le 4 septembre lors de la première réunion du comité de politique des data centers, présidée par le vice‑Premier ministre et ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas.
Parmi les projets concernés, 49 sont en cours de construction et 117 en attente d’autorisation. Quatre sous‑comités ont reçu un délai d’un mois pour définir des critères précis. L’objectif affiché est double : continuer à attirer les investissements étrangers tout en garantissant que ces infrastructures profitent réellement à l’économie nationale, en termes d’emplois, de transferts technologiques et d’accès aux services numériques.
Une industrie en plein essor mais fragmentée
Selon le Conseil national de développement économique et social (NESDC), 35 data centers sont déjà opérationnels, dont 11 bénéficiant du soutien du Board of Investment (BOI). Les autres ont obtenu des autorisations par divers canaux, souvent dans des zones industrielles. À Bangkok, six projets ont été déposés, nécessitant chacun entre 9 et 23 mégawatts d’électricité. Trois sont déjà en service, tandis que les trois autres restent gelés en attendant les nouvelles règles.
Actuellement, les investisseurs doivent solliciter séparément les compagnies d’électricité, les autorités de l’eau et les régulateurs locaux. Ce système éclaté empêche d’avoir une vision globale des besoins en ressources et des impacts sur les communautés. Certains projets sont même enregistrés sous d’autres catégories, comme « entrepôts », rendant difficile l’évaluation de l’ampleur réelle du secteur.
Vers des standards nationaux
Les futures normes couvriront la planification urbaine, la séparation des bâtiments, la sécurité des systèmes électriques, le stockage de carburant pour les générateurs de secours et la protection de l’environnement. Les data centers existants bénéficieront d’une période de transition pour se mettre en conformité.
Le ministre du Numérique, Chaichanok Chidchob, a proposé la création d’un tableau de bord centralisé recensant les projets, leurs sources d’eau et d’électricité, ainsi que les règles applicables. Cette plateforme permettrait aux agences de suivre les impacts cumulés et d’assurer une meilleure transparence.
Un enjeu stratégique
La Thaïlande veut devenir un hub asiatique de data centers durables, en misant sur l’énergie propre et la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Les autorités thaïlandaises veulent que les data centers apportent des bénéfices concrets : emplois locaux, transferts technologiques et services cloud accessibles aux PME. Sans ces retombées, ces infrastructures ne sont que des entrepôts de serveurs, sans employés, consommant eau et électricité. Elles mobilisent des ressources publiques sans contrepartie pour la population. Le risque est que les ménages et petites entreprises subventionnent indirectement les géants du numérique. Dans ce cas, les data centers ne seraient pas un moteur de développement, mais un pillage économique.
Pour Narit Therdsteerasukdi, secrétaire général du BOI, des règles claires renforceront la confiance des investisseurs à long terme. Les quatre sous‑comités doivent remettre leurs propositions d’ici un mois, ouvrant la voie à une reprise encadrée des projets.



