
Le 15 juillet, la Cour constitutionnelle thaïlandaise a élu son nouveau président : Udom Sittiwirattham, juge chevronné au parcours impressionnant. Derrière cette nomination, c’est bien plus qu’un simple changement institutionnel : c’est l’affirmation du rôle central de la Cour dans la vie politique du royaume.
Une carrière au sommet
Ancien juge militaire, puis magistrat de la Cour d’appel et de la Cour suprême, Udom siège à la Cour constitutionnelle depuis 2020. Son nom est associé à plusieurs décisions majeures : maintien de Prayut Chan-o-cha au pouvoir malgré la limite de huit ans, dissolution du parti Move Forward pour sa campagne visant à réformer la loi de lèse-majesté, destitution de Premiers ministres comme Srettha Thavisin ou Paetongtarn Shinawatra. Autant de verdicts qui ont façonné le paysage politique récent.
La Cour, arbitre suprême
En Thaïlande, la Cour constitutionnelle n’est pas une institution neutre : elle est l’outil par lequel l’establishment écarte les partis ou dirigeants jugés trop menaçants. Ses décisions ont le pouvoir de renverser des gouvernements élus, de dissoudre des formations politiques et de redessiner le champ démocratique. Dans un système où les militaires et les élites économiques conservent une influence déterminante, la Cour agit comme leur bras judiciaire.
Udom, figure clé
En accédant à la présidence, Udom devient l’homme le plus puissant du pays. Non pas par la force des urnes, mais par la capacité de son institution à décider qui peut gouverner et qui doit être écarté. Ses votes passés montrent une ligne claire : protéger la monarchie, préserver l’ordre établi et sanctionner les acteurs politiques qui tentent de bousculer les règles.
Un pouvoir sans contrepoids
Alors que le gouvernement actuel bénéficie du feu vert de la Cour pour un emprunt massif de 400 milliards de bahts, les opposants savent que leur avenir dépend largement des juges. Dans un pays où les élections ne suffisent pas à garantir la pérennité d’un mandat, la Cour constitutionnelle est devenue le véritable centre de gravité du pouvoir.
Il faut rappeler que les juges de la Cour constitutionnelle sont désignés par les sénateurs, eux-mêmes issus d’un scrutin de 2024 marqué par des irrégularités massives. Ces fraudes ont permis au parti Bumjaithai de s’assurer une large majorité au Sénat. Proche de l’establishment, ce parti garantit ainsi que la Cour reste sous contrôle, consolidant son rôle d’instrument au service des élites plutôt que d’arbitre impartial de la vie politique.



