
La rivière Kok, qui traverse la province de Chiang Rai dans le nord de la Thaïlande, reste au cœur des inquiétudes sanitaires et environnementales. Malgré son rôle vital pour les habitants — pêche, agriculture, tourisme local — elle est aujourd’hui menacée par une contamination aux métaux lourds, liée à des activités minières illégales en Birmanie voisine. Ces mines sont presque toutes sous la coupe d’entreprises chinoises qui ne rendent de compte à personne.
Une crise transfrontalière
Le Bureau national de la santé (NHCO) appelle le gouvernement à faire de la pollution du bassin de la Kok une priorité nationale. Selon ses experts, les substances toxiques présentes dans l’eau pourraient provoquer des effets durables sur la santé des riverains, mais aussi sur l’économie locale et l’environnement.
Lors d’une visite de terrain à Chiang Khong, le NHCO a montré aux journalistes l’impact de la pollution sur les rivières Kok, Sai, Ruak et Mékong. Les relevés indiquent des niveaux de contamination dépassant les normes de sécurité.
Les habitants en première ligne
Une étude menée avec l’université de Chiang Mai auprès de 424 habitants de Chiang Mai et Chiang Rai révèle que les plus touchés sont des agriculteurs modestes, gagnant moins de 5 000 bahts par mois.
- 91 % disent avoir constaté des anomalies visibles dans la rivière Kok.
- 70 % ont changé leurs habitudes, évitant baignade et pêche, et achetant désormais de l’eau potable.
Les conséquences économiques sont lourdes : 63 % des foyers rapportent une perte mensuelle de revenus de 1 200 à 1 300 bahts, liée à la baisse du tourisme et aux métiers dépendants du fleuve. À cela s’ajoutent des dépenses supplémentaires de 2 600 bahts par mois pour garantir un accès à une eau propre.
Un manque de suivi médical
Malgré la gravité de la situation, aucun des habitants interrogés n’a bénéficié de dépistage médical. « Nous avons formulé six propositions, dont la reconnaissance de la pollution transfrontalière comme enjeu national et la nécessité de s’attaquer au problème à la source », a déclaré Songpol Tulata, directeur du bureau des politiques publiques du Nord.
Une rivière vitale en danger
La rivière Kok n’est pas seulement un cours d’eau : elle est au cœur de la vie quotidienne et de l’identité de Chiang Rai. Les bateaux à longue queue qui sillonnent ses eaux témoignent de son importance pour le transport et le commerce local. Mais la contamination menace désormais cet équilibre fragile.
Pour le NHCO, seule une action concertée entre Bangkok et Naypyidaw peut enrayer la crise. Sans cela, la rivière Kok risque de devenir le symbole d’une pollution transfrontalière incontrôlée, avec des conséquences humaines et économiques irréversibles.
La Chine a réagi aux inquiétudes sur la pollution des affluents du Mékong en Thaïlande du Nord, en insistant sur une approche « scientifique », « responsable » et « amicale ». Mais des chercheurs et ONG dénoncent une communication sélective : Pékin cite uniquement des relevés récents d’eau de surface, en ignorant les analyses de sédiments où s’accumulent métaux lourds comme l’arsenic ou le plomb.
Selon eux, cette stratégie déplace la charge de la preuve vers les communautés locales, qui manquent de moyens pour documenter la contamination transfrontalière. Les critiques y voient une manœuvre pour protéger les intérêts miniers et retarder toute transparence, au détriment de la santé des riverains.



