Khaosod
Pour la première fois depuis les affrontements armés survenus en décembre dernier, l’armée thaïlandaise a ouvert au public le temple Ta Kwai et la colline 350, situés dans la province de Surin, à proximité de la frontière cambodgienne. Les visites sont autorisées du 13 au 16 avril, entre 9 h et 15 h, sous conditions strictes.
Les autorités militaires ont précisé que les visiteurs devront respecter des règles précises : emprunter uniquement les itinéraires balisés, ne pas franchir les barrières, éviter les retransmissions en direct sur les réseaux sociaux, et s’abstenir de grimper sur les structures anciennes pour prendre des photos. Le retrait d’objets, les comportements jugés inappropriés et les déchets laissés dans les zones forestières sont également interdits.
Le sanctuaire de Ta Kwai, construit en latérite, se trouve à Chong Ta Kwai, dans le district de Phanom Dong Rak. Daté du XIe siècle, il aurait été édifié à la période de transition entre Angkor Wat et Bayon, sous les règnes de Suryavarman II et Jayavarman VII. Dédié au dieu hindou Shiva, il est devenu ces dernières années un site touristique prisé, en raison de sa proximité avec la frontière.
Mais cette ouverture intervient dans un climat diplomatique tendu. Le 13 avril, le ministère cambodgien de la Culture et des Beaux-Arts a dénoncé l’organisation de visites par les autorités thaïlandaises dans plusieurs temples occupés par l’armée, dont Tamone Thom, Ta Krabey (Ta Kwai en thaï) et K’Nar. Phnom Penh estime que ces activités dépassent la simple présence militaire et constituent une affirmation de souveraineté. « Ces actions représentent un exercice illégal de juridiction sur le territoire cambodgien », a déclaré le ministère, qui craint que ces initiatives ne compliquent les négociations futures.
Le Cambodge rappelle que ces sites sont partie intégrante de son patrimoine national et invoque le traité franco-siamois de 1907 ainsi que les principes de la Charte des Nations unies pour dénoncer une violation de sa souveraineté. Le gouvernement cambodgien exige l’arrêt immédiat des visites et le retrait du personnel thaïlandais, tout en réaffirmant sa volonté de régler le différend par le biais de la Commission mixte des frontières.
Cette controverse illustre une évolution du conflit : d’une confrontation militaire, il glisse vers une bataille symbolique et culturelle autour de monuments historiques. Les temples deviennent ainsi des marqueurs identitaires et territoriaux, au cœur d’une rivalité qui mêle mémoire, diplomatie et enjeux géopolitiques.
En parallèle, les tensions frontalières se nourrissent aussi d’activités illégales. Le 12 avril, les forces thaïlandaises ont intercepté une opération de contrebande dans la province de Trat, saisissant cinq bateaux chargés de produits alimentaires et d’articles de consommation destinés au Cambodge. Six suspects ont été arrêtés. Ces saisies, évaluées à plus de 500 000 bahts, témoignent de la fragilité économique de la région et de la persistance des trafics transfrontaliers.



