La Banque de Thaïlande a organisé une conférence pour explique cette "Mauvaise répartition"
La Thaïlande traverse une période charnière. Alors que son PIB ne progresse plus qu’à un rythme de 2,3 % en 2026, bien en deçà de ses performances d’avant la pandémie et de celles, actuelles, des pays voisins comparables, les autorités économiques tirent la sonnette d’alarme. Le gouverneur de la Banque de Thaïlande (BoT), Vitai Ratanakorn, a mis en garde contre les faiblesses structurelles qui freinent l’économie et accentuent les inégalités. Le discours n’est pas nouveau, mais le gouvernement reste sourd.
Une croissance en perte de vitesse
Le pays connaît une reprise en « K ». Cela désigne une situation où, après une crise, l’économie ne repart pas de manière uniforme. Certaines branches connaissent une forte amélioration (la branche qui monte du « K »). D’autres restent en stagnation ou s’enfoncent davantage (la branche qui descend).
Ainsi, certains secteurs — notamment les hautes technologies et les centres de données — attirent des investissements étrangers record (+45 %), mais sans retombées significatives pour la population. Ces activités génèrent peu d’emplois et concentrent les profits dans des entreprises majoritairement étrangères.
Le gouvernement devrait aborder avec prudence l’annonce de l’afflux de capitaux étrangers. Le modèle d’investissement des géants américains évoque, par certains aspects, les controversés “tours à zéro dollar” venus de Chine. Les dollars auront tôt fait de retourner aux États-Unis tout comme les yuans ne s’attardaient pas en Thaïlande.
De plus, Vitai souligne que 75 % du capital disponible va aux grandes sociétés, tandis que les PME, pourtant plus efficaces, subissent un accès limité au crédit et des taux d’intérêt presque deux fois plus élevés. Or, ce sont les PME, véritable tissu industriel, qui assurent la prospérité d’un pays bien davantage que ses milliardaires.
La stratégie gouvernementale
Face à ce constat, le Conseil national de développement économique et social (NESDC) veut relancer l’investissement pour dépasser le seuil de 3 % de croissance. Actuellement fixé à 22,9 % du PIB, l’investissement total devrait atteindre 30 % pour servir de moteur durable. Le gouvernement mise sur huit secteurs stratégiques capables de croître de 5 % en moyenne et de représenter près de 43 % du PIB. L’objectif est clair : rétablir la confiance du secteur privé et retrouver les niveaux d’investissement d’avant la crise asiatique de 1997.
Le rôle du tourisme
Le tourisme, pilier traditionnel de l’économie, montre des signes de fragilité. Entre janvier et août 2026, la Thaïlande a accueilli plus de 18 millions de visiteurs étrangers, mais ce chiffre reste en baisse de 3,19 % par rapport à l’an dernier qui était déjà largement en dessous de 2024. Toutefois, les vacances scolaires devraient temporairement relancer la fréquentation.
Les réformes nécessaires
Vitai insiste sur la nécessité de réformer l’allocation des ressources. Il propose la création d’une base de données élargie permettant aux banques d’évaluer plus finement les emprunteurs, afin de réduire les coûts du crédit et d’ouvrir l’accès au financement pour les PME et les particuliers disciplinés. Parallèlement, la BoT s’attaque au « grey money » et à l’économie informelle, qui représentent jusqu’à 13 % du PIB et privent l’État de recettes fiscales. Les nouvelles règles sur les retraits d’espèces, les transactions d’or et les flux de cryptomonnaies ont déjà permis de réduire les mouvements suspects. Cela englobe aussi bien le petit marchand de soupe du quartier, trop démuni pour s’acquitter de ses taxes, que les grands mafieux qui s’y soustraient par fraude.
Un cap à tenir
La Thaïlande doit donc trouver un équilibre entre attirer les investissements étrangers, soutenir ses PME et restaurer la confiance des citoyens. Sans une redistribution plus équitable des ressources et une meilleure transparence, la croissance restera faible et concentrée. Les réformes engagées visent à bâtir une économie plus résiliente, capable d’absorber les chocs géopolitiques et de profiter pleinement des opportunités offertes par la nouvelle ère numérique.
Composé en partie de grands patrons et dominé par un establishment où les grandes fortunes dictent les règles, le gouvernement aura du mal à suivre les recommandations de la Banque centrale et des économistes.



