
La bataille autour du cannabis médical reprend de l’intensité en Thaïlande. Lors d’une réunion de la commission parlementaire de la Santé publique mercredi, des militants ont dénoncé les propositions visant à imposer une prescription médicale pour l’usage de la plante et à la réinscrire sur la liste des stupéfiants.
Prescription obligatoire contestée
Les partisans d’un encadrement plus strict, notamment des médecins et des militants anti‑drogue, souhaitent que l’usage des fleurs de cannabis soit supervisé par des professionnels de santé. Mais pour Chokwan « Kitty » Chopaka, figure du réseau Writing Thailand’s Cannabis Future, ou « écrire le futur du cannabis en Thaïlande » cette exigence limiterait l’accès des patients et des usagers légitimes. « Les malades ne devraient pas dépendre uniquement des médecins ou des pharmaciens pour se soigner », a‑t‑elle plaidé.
Pas de retour en arrière
La militante s’oppose également à toute tentative de recriminalisation. Depuis la sortie du cannabis de la liste des stupéfiants en 2022, des milliers de cultivateurs, commerçants et patients se sont adaptés au nouveau cadre. Un retour en arrière créerait, selon elle, une incertitude destructrice pour l’économie et la santé publique. Elle exhorte le gouvernement à accélérer l’adoption de la loi sur le cannabis, actuellement en consultation publique et attendue devant le Conseil des ministres début juillet.
Des règles mouvantes qui fragilisent
Les changements de cap successifs ont déjà fragilisé les opérateurs légaux. Chokwan s’interroge sur la capacité de l’État à indemniser les entreprises et les agriculteurs affectés par ces revirements. Pour elle, seule une loi claire et stable permettra de sécuriser la filière et d’éviter que les patients ne soient les grands perdants.
Une querelle politique persistante
Le débat reflète une fracture ancienne. L’administration précédente, menée par le Pheu Thai et l’ex‑ministre de la Santé Somsak Thepsuthin, voulait restreindre le cannabis à un usage médical strict. À l’inverse, Anutin Charnvirakul, actuel Premier ministre et artisan de la dépénalisation en 2022, défend une régulation par une loi dédiée plutôt qu’un retour à la criminalisation.
En bref : les militants pro‑cannabis refusent prescription obligatoire et retour en arrière. Ils réclament une loi claire pour encadrer la culture, la vente et l’usage, sans replonger la Thaïlande dans l’incertitude juridique.
Dans le même temps, le Département des douanes thaïlandais a annoncé de nouvelles sanctions contre l’exportation illégale de cannabis et la fraude sur l’origine des marchandises. L’objectif est clair : réduire les incitations au trafic et empêcher que la Thaïlande ne devienne une plateforme de transit pour le cannabis destiné à l’étranger. Selon son directeur Phanthong Loykulnunt, ces mesures s’inscrivent dans la politique du gouvernement et visent à protéger la réputation du pays. Entre octobre 2025 et mai 2026, les autorités ont saisi plus de 35 000 kilos de cannabis dans près de 3 000 affaires, d’une valeur estimée à 445 millions de baht. Désormais, les contrevenants devront payer 30 000 bahts par kilo saisi, en plus de la confiscation des biens, tandis que les fausses déclarations d’origine seront sanctionnées par une amende de 500 000 bahts et la suspension des privilèges commerciaux.



