Menaces d'un élève.
En Thaïlande, la fusillade du 7 août au sein de l’école Debsirin Nonthaburi continue de provoquer des répliques inquiétantes. En moins d’une semaine, quatre établissements ont été visés par des menaces ou des publications liées aux armes à feu. À Loei, un élève de Mathayom 2 aurait évoqué un projet de fusillade et publié des photos avec une arme réelle. À Prachuap Khiri Khan, un adolescent de 16 ans a reconnu avoir posté une menace de tir « pour plaisanter ». À Chiang Mai, Montfort College a renforcé sa sécurité après des alertes concernant deux élèves. Enfin, à Hat Yai, un ancien enseignant sud‑africain est accusé d’avoir menacé l’école Wittayalai à la suite d’un conflit professionnel.
Face à cette série d’incidents, plusieurs établissements ont choisi de basculer temporairement leurs cours en ligne. Les autorités locales ont déployé des patrouilles et des contrôles renforcés, notamment autour des écoles de Prachuap Khiri Khan, où un message annonçant « une fusillade demain » avait circulé dans un groupe de parents.
Le vice‑Premier ministre Yodchanan Wongsawat a demandé aux écoles de coordonner leurs actions avec les forces de sécurité, d’organiser des fouilles aléatoires et des exercices d’urgence. Le ministère de l’Éducation prépare par ailleurs une loi sur la sécurité scolaire, inspirée de modèles étrangers, qui sera soumise au Cabinet.
Dans l’opposition, la députée Nattaya Boonpakdee réclame des directives nationales claires : évaluer la crédibilité des menaces, imposer des bilans psychologiques, vérifier l’accès des élèves aux armes chez eux et créer des canaux de signalement anonymes avec une réponse garantie sous deux heures. Elle souligne que plus de 28 000 directeurs d’école doivent actuellement décider seuls, sans critères ni soutien spécialisé.
Au‑delà des menaces récentes, les experts rappellent que la violence scolaire est un problème structurel. Harcèlement, agressions physiques et racket se multiplient, tandis que la santé mentale des jeunes se dégrade. Le chercheur Sompong Jitradab évoque une « reproduction inquiétante de la violence » nourrie par des facteurs persistants : familles fragilisées, accès facile aux armes, usage intensif des écrans et climat scolaire compétitif.
Les fusillades de Nakhon Ratchasima (2020), Nong Bua Lamphu (2022), Siam Paragon (2023), Hat Yai (2026) et Nonthaburi (2026) illustrent cette tendance. Les spécialistes appellent à une réforme en profondeur : un système intégré de protection des enfants, une pédagogie centrée sur le bien‑être plutôt que sur les notes, et des espaces sûrs où les élèves peuvent s’exprimer.
Le gouvernement promet des mesures rapides, comme l’autorisation donnée aux enseignants de fouiller les sacs ou la mise en place d’une norme nationale de sécurité sous 90 jours. Mais beaucoup craignent que ces annonces ne soient qu’un réflexe de crise, vite oublié. Pour les familles et les enseignants, l’urgence est claire : transformer ces drames en véritable politique publique afin d’éviter que les menaces d’aujourd’hui ne deviennent les tragédies de demain.
Par ailleurs, la circulation des armes devrait continuer, car certaines des personnes se promenant armées sont des policiers, des militaires, des responsables politiques ou des « figures influentes ».



