Les ministres
SURAT THANI – Les autorités thaïlandaises poursuivent leur vaste campagne contre les sociétés, effectivement étrangères, soupçonnées de contourner la loi sur la propriété foncière et l’exploitation commerciale. Après Koh Phangan, où 104 sociétés contrôlent 124 parcelles, c’est Koh Samui qui est dans le viseur, avec 60 sociétés illégales identifiées. Mais une question persiste : ces chiffres se recoupent‑ils, et certains cas sont‑ils comptés deux fois ?
Koh Phangan : hôtels, cannabis et prête‑noms
Le 14 août, les vice‑ministres de l’Intérieur Polapee Suwunchwee et Worasit Liangprasit ont inspecté l’île de Koh Phangan, accompagnés du gouverneur de Surat Thani. Cinq hôtels de luxe ont été contrôlés : aucun ne disposait de licence légale. Les actionnaires majoritaires étaient étrangers — Israéliens, Suisses, Français et Lituaniens — et les réservations en ligne gérées depuis l’étranger, soulevant des soupçons d’évasion fiscale.
Deux boutiques de cannabis ont également été fermées. Elles vendaient des produits transformés et délivraient de faux certificats médicaux à 300 bahts, générant jusqu’à 16 millions de bahts par an. Les enquêteurs ont découvert un système de participations croisées : un Thaïlandais apparaissait comme directeur ou actionnaire dans neuf sociétés, preuve d’un rôle de prête‑nom.
Les autorités ciblent aussi les 45 000 résidents non enregistrés de l’île, dont 20 000 travailleurs migrants, ainsi que les hôtels construits sans permis. Un établissement de trois étages n’avait qu’une autorisation pour un seul niveau et a fermé juste avant l’arrivée des inspecteurs, laissant craindre des complicités locales.
Koh Samui : villas de luxe et réseaux internationaux
Quelques jours plus tard, une opération d’envergure a été menée sur Koh Samui. Plus de 300 policiers et agents ont inspecté 12 906 sociétés enregistrées. Résultat : 8 254 avaient des actionnaires étrangers et 875 présentaient des indices de prête‑noms. Après filtrage, 59 sociétés suspectes ont été identifiées, détenant 37 parcelles d’une valeur estimée à 1,2 milliard de bahts.
Au total, 60 plaintes ont été déposées contre 88 suspects — 26 Thaïlandais et 62 étrangers. Quatorze arrestations ont déjà eu lieu, visant des ressortissants chinois, britanniques, français, italiens, néerlandais, autrichiens, philippins et américains.
Les enquêtes ont révélé cinq grands réseaux :
- Israéliens : 19 sociétés liées à des crèches illégales et à des villas de luxe.
- Allemands : quatre sociétés de construction sur des collines, avec permis douteux.
- Agences : 27 sociétés créées pour faciliter visas et permis de travail.
- Structures hybrides : 16 sociétés initialement thaïlandaises, modifiées pour inclure des étrangers.
- Cas français : deux sociétés liées à une fraude de 26,4 millions de bahts dans une ferme de cannabis. Le Français Stephane Thierry B, 74 ans, serait impliqué avec huit compatriotes. Les enquêteurs examinent aussi des soupçons de blanchiment d’argent liés aux flux financiers contrôlés par B.
Risque de double comptage
À Koh Phangan, les autorités évoquent 104 sociétés et 124 parcelles. À Samui, 60 sociétés suspectes et 37 terrains. Le total des entreprises possiblement illégales s’élève donc à 164. Mais les enquêtes étant menées par les mêmes équipes, il est possible que certaines structures apparaissent dans les deux listes, notamment les réseaux opérant sur les deux îles liés aux villas de luxe ou au cannabis. Les chiffres impressionnants doivent donc être interprétés avec prudence : ils reflètent l’ampleur du phénomène, mais pas nécessairement des cas distincts.
Enjeu national
Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie plus large : réguler les investissements étrangers dans les provinces touristiques et protéger les ressources locales. Le général de police Samran Nualma, futur chef national de la police, a rappelé que 238 sociétés et 272 terrains avaient déjà été examinés lors des six phases précédentes, pour une valeur de 2,8 milliards de bahts.
Le gouvernement veut renforcer les sanctions, avec des peines de prison plus lourdes et des amendes plus sévères. Objectif : empêcher les étrangers d’exploiter les failles légales et préserver l’équilibre entre attractivité touristique et souveraineté économique.



