Infographie The Enquirer
Le 2 juillet, la salle de conférence du Conseil médical de Thaïlande a accueilli un débat brûlant : faut‑il créer de nouvelles facultés de médecine pour répondre à la pénurie de médecins ? Derrière cette proposition, les experts rappellent que le problème ne se résume pas au nombre de praticiens, mais à leur qualité et à leur répartition sur le territoire.
Aujourd’hui, le pays compte environ 80 000 médecins (plus de 240 000 en France, dont 35 000 étrangers), mais seuls 21 000 travaillent réellement dans le système public, selon le ministère de la Santé. Dans certaines provinces, un médecin doit prendre en charge plus de 4 000 habitants, contre une moyenne internationale de 500 à 600. Cette inégalité territoriale est au cœur des inquiétudes.
Le professeur Amorn Leelarasamee, président académique du Conseil médical, a insisté : « Augmenter le nombre de médecins ne suffit pas. Si la formation est affaiblie ou si les praticiens restent concentrés dans les grandes villes, les patients des zones rurales continueront à manquer de soins. » Le Conseil supervise actuellement plus de 100 cursus spécialisés, soumis à des évaluations strictes pour garantir la sécurité des patients.
Autre défi : retenir les médecins dans le système public. Chaque année, environ 1 000 quittent la fonction publique, souvent après leur formation pratique, pour se tourner vers le privé ou poursuivre des spécialisations. Résultat : le nombre de généralistes stagne autour de 8 000 (100 000 en France), tandis que les spécialistes augmentent de 500 à 1 000 par an. Le ministère veut désormais revaloriser la médecine familiale afin que les généralistes bénéficient de revenus et de perspectives comparables à ceux des spécialistes.
Le docteur Supachok Vejphunphaisal, inspecteur du ministère, a rappelé que la Thaïlande forme environ 3 000 nouveaux médecins par an (5 000 en France), grâce aux universités publiques, privées et au programme CPIRD destiné aux zones rurales. Ce dernier affiche un taux de rétention remarquable : 80 à 90 % des diplômés restent dans le système public. Mais malgré ces efforts, le pays ne dispose que de 25 000 postes budgétés, dont 21 000 occupés. Les besoins réels sont estimés à 30 000 médecins.
Pour les experts, la solution passe par une stratégie globale : maintenir des standards élevés de formation, renforcer l’éthique et la pratique clinique, et surtout assurer une meilleure répartition des médecins. Les facultés existantes doivent collaborer avec les hôpitaux régionaux pour envoyer des spécialistes dans les provinces déficitaires.
Il faut rappeler que de nombreux médecins partagent leur temps entre le public et le privé, surtout à Bangkok. Dans certains cas, ils réalisent le même acte à l’hôpital d’État pour un tarif cinq fois inférieur à celui pratiqué dans une clinique privée.
En résumé, la question n’est pas seulement de former plus de médecins, mais de garantir que chaque citoyen, qu’il vive à Bangkok ou dans une province reculée, puisse accéder à des soins de qualité.



