
La province de Chonburi, en particulier “le grand Pattaya”, est devenue le nouveau terrain d’action des autorités thaïlandaises dans leur lutte contre les sociétés écrans. Après des opérations menées à Samui, Phuket, Krabi et Hua Hin, c’est désormais cette région stratégique qui concentre l’attention, avec des chiffres impressionnants : 14 264 entreprises liées à des actionnaires étrangers ont été identifiées comme nécessitant une surveillance particulière.
Une opération d’envergure
Lors d’une réunion au Pattaya City Hall, les responsables provinciaux ont présenté les résultats à une commission parlementaire. Sur les 14 264 entreprises recensées, 70 sociétés ont été sélectionnées pour une inspection approfondie. Parmi elles, 39 ont été classées à haut risque, tandis que 31 ont été jugées moins préoccupantes. Seize entreprises n’ont fourni aucune explication et leurs dossiers ont été transmis au Department of Special Investigation (DSI).
Dans le district de Banglamung, c’est à dire « Pattaya », 350 sociétés avec actionnaires étrangers détiennent des terrains. Plus de 7 000 personnes et entreprises sont par ailleurs considérées comme appartenant au groupe à risque des “nominees”, ces prête-noms thaïlandais utilisés pour contourner les lois sur la propriété foncière.
Les précédents dans les provinces touristiques
Cette campagne s’inscrit dans une série d’opérations menées dans les zones les plus exposées :
- Samui (Surat Thani) : sur 12 906 sociétés enregistrées, 8 254 avaient des actionnaires étrangers. 875 ont été jugées suspectes, 59 ciblées, pour une valeur estimée à 1,2 milliard de bahts.
- Phuket : environ 32 000 sociétés, dont 11 000 liées à des étrangers. 6 682 suspectes, 196 dossiers transmis à la justice, avec près de 1 milliard de bahts saisis.
- Krabi : 401 sociétés sous enquête, 17 parcelles suspectes, pour une valeur de 209 millions de bahts.
- Hua Hin (Prachuap Khiri Khan) : 4 162 sociétés, dont 2 081 avec actionnaires étrangers. 694 entités foncières sous enquête, représentant plus de 300 millions de bahts.
Les enjeux
Les autorités rappellent que la présence d’actionnaires étrangers n’est pas illégale en soi. Ce qui est visé, ce sont les structures où les Thaïlandais ne sont que des prête-noms, permettant à des investisseurs étrangers d’acquérir des terres ou de contrôler des secteurs interdits. Les sanctions prévues incluent jusqu’à 3 ans de prison et des amendes allant de 300 000 à 1 000 000 bahts.
Cette offensive vise à restaurer la confiance économique et à protéger les entrepreneurs locaux contre une concurrence jugée déloyale. Elle s’inscrit aussi dans une volonté politique de nettoyer l’économie grise dans les zones touristiques les plus stratégiques du pays.
Avec plus de 14 000 entreprises sous surveillance à Chonburi/Pattaya, cette opération illustre l’ampleur du phénomène et la détermination du gouvernement thaïlandais. Après Samui, Phuket et Krabi, c’est désormais le “grand Pattaya” qui devient le symbole de cette lutte contre les sociétés écrans et les capitaux gris, dans une bataille qui pourrait redessiner le paysage économique des provinces touristiques.



