
Un nouvel épisode de tension politique secoue le ministère de l’Intérieur. Hier, lors d’une réunion de travail retransmise en visioconférence, le Premier ministre et ministre de l’Intérieur Anutin Charnvirakul a publiquement menacé d’enquêter sur son propre secrétaire permanent, après une polémique impliquant le gouverneur de Phuket et ses adjoints. Résultat immédiat : cinq vice-gouverneurs provinciaux ont été transférés dans la foulée.
Tout est parti d’un échange musclé entre Anutin et Nirat Pongsitthaworn, gouverneur de Phuket. Le Premier ministre lui a demandé de rendre compte de l’influence de certains « notables de l’île », un euphémisme pour parler de la mafia locale. Puis, lisant des messages publiés sur les réseaux sociaux, il a évoqué des soupçons d’intérêts privés, là aussi une allusion à la mafia, autour de la police de Cheong Thale et d’un gouverneur adjoint surnommé « Seafood ou Crevette ou Kung ».
Une polémique virale qui embrase le ministère
La polémique est née d’un clip et de messages diffusés sur les réseaux sociaux, affirmant qu’un vice‑gouverneur de Phuket, du nom de Kung, se vantait de pouvoir « faire muter » son supérieur. Une affirmation qui tendait à prouver que ce « Kung » pouvait dicter ses décisions au ministère de l’Intérieur. L’affaire a suscité de vives critiques et un large débat public. Lors de la réunion, Anutin a repris ces accusations, demandant devant tous les gouverneurs : « Qui peut renvoyer le gouverneur de Phuket ? ».
Le gouverneur Nirat Pongsitthaworn a répondu que seul le Premier ministre en avait le pouvoir. Mais la confusion s’est amplifiée lorsque plusieurs vice‑gouverneurs portant le surnom « Kung » (« crevette ») ont été évoqués. L’un d’eux, Teerapong Chuaychu, a dû se lever pour clarifier qu’il n’avait jamais menacé son supérieur.
Anutin a alors dénoncé une « faute grave de gestion du personnel » et annoncé qu’il allait enquêter sur le secrétaire permanent du ministère. Une remarque lourde de sens : elle laisse entendre que ce haut fonctionnaire, censé être le pilier administratif du ministère, se serait retrouvé aux ordres d’un simple vice‑gouverneur.
Le rôle clé du secrétaire permanent
Dans l’appareil d’État thaïlandais, le secrétaire permanent du ministère de l’Intérieur est une figure centrale. Véritable chef d’orchestre administratif, il supervise les gouverneurs des 77 provinces, coordonne les politiques locales et assure la continuité de l’État au‑delà des changements politiques. Son autorité est considérée comme l’un des piliers de la stabilité institutionnelle. Le voir publiquement remis en cause par le Premier ministre souligne la gravité de la crise : si son indépendance vacille, c’est toute la chaîne de commandement du ministère qui est fragilisée.
Cinq mutations en cascade
Le lendemain, le ministère de l’Intérieur a publié l’ordre officiel n°1483/2569, daté du 15 juin. Cinq vice‑gouverneurs changent de poste :
- Wajiraporn Amatayakul passe de Nakhon Si Thammarat à Samut Sakhon.
- Teerapong Chuaychu quitte Phuket pour Nakhon Si Thammarat.
- Le lieutenant‑colonel Khetrath Chansilp arrive de Samut Sakhon pour remplacer à Phuket.
- Adul Chuthong est muté de Phuket à Songkhla.
- Romdon Hayiawe quitte Songkhla pour rejoindre Phuket.
Ces transferts prennent effet dès le 16 juin. Les intéressés doivent se présenter immédiatement dans leurs nouvelles provinces.
Un climat de suspicion
Au‑delà des mutations, l’épisode illustre les tensions internes au ministère de l’Intérieur, où rivalités locales et accusations d’intérêts privés fragilisent l’autorité des gouverneurs. En s’affichant comme le seul décideur, Anutin cherche à reprendre la main et s’affiche dans une opération de communication peut-être spontanée.



