
Le gouvernement d’Anutin Charnvirakul fait face à une tempête politique. Selon un sondage NIDA publié le 23 août, 62,75 % des Thaïlandais interrogés estiment que la fraude aux examens de recrutement du Département de l’administration locale (LAD) constitue la menace la plus grave pour la stabilité de l’exécutif.
Réalisée entre le 18 et le 20 août auprès de 1 310 personnes, l’enquête intitulée « Tant de problèmes ! Le gouvernement peut‑il survivre ? » dresse une liste de douze dossiers explosifs. Après la fraude aux examens, viennent les soupçons de manipulation des élections sénatoriales (55,88 %), le scandale foncier de Khao Kradueng – Buriram, fief du Bumjaithai (42,29 %), la flambée des prix de l’énergie (37,33 %) et le conflit frontalier avec le Cambodge (33,36 %). Les fluctuations des prix agricoles, le décret d’emprunt de 400 milliards de bahts ou encore les nouvelles règles sur les armes à feu figurent aussi parmi les préoccupations.
Interrogés sur la capacité du gouvernement à gérer ces crises, 39,69 % des sondés pensent qu’il pourra en résoudre « certaines », tandis que 31,99 % jugent qu’il est incapable d’en traiter aucune. Soit un total de 72 % qui restent dubitatifs. Seuls 16,26 % croient qu’il pourra toutes les surmonter.
Quant à l’avenir de l’exécutif, le pessimisme domine : 37,86 % des répondants estiment que le gouvernement « ne survivra pas », et 26,03 % qu’il survivra mais très affaibli. À l’inverse, 17,94 % pensent qu’il résistera avec des dégâts mineurs et 17,71 % qu’il sortira confortablement de l’épreuve.
Le sondage s’est aussi penché sur une image devenue virale : Anutin faisant le geste du wai obséquieux devant l’ex‑Premier ministre Thaksin Shinawatra. Pour 41,45 % des sondés, il s’agit simplement d’un signe de respect envers un aîné. Mais 29,62 % y voient une mise en scène politique, et 21,60 % la preuve qu’en politique il n’y a « ni amis ni ennemis permanents ». D’autres y lisent une recherche de soutien auprès de Thaksin (17,48 %) ou la confirmation de son influence persistante (12,21 %). Anutin multiplie les gestes de familiarité appuyée ou d’humilité ostentatoire, qu’il s’agisse de la famille royale, de dirigeants étrangers ou d’autres responsables politiques ; il n’est peut‑être pas nécessaire d’y accorder une importance excessive.
Ce sondage souligne la fragilité de l’administration Anutin, confrontée à une accumulation de crises politiques, économiques et sociales. La fraude aux examens locaux, qui touche des milliers de postes publics, apparaît comme le symbole d’un système miné par la corruption et la défiance. D’autant qu’un scandale comparable avait déjà eu lieu lorsque le père d’Anutin était ministre de l’Intérieur, or Anutin, outre le poste de premier ministre, détient aussi le portefeuille de l’Intérieur en charge de la fonction publique. Dans ce dossier précis, seuls les lampistes semblent être visés mais pas les personnalités qui ont mis en place ce système.
Pour de nombreux citoyens, c’est désormais le test décisif de la capacité du gouvernement à restaurer la confiance et à assurer sa survie politique. Le Bumjaithai a accédé au pouvoir à la faveur d’un concours de circonstances et bénéficie du soutien implicite de l’establishment et de l’armée. Le sondage indique que son socle électoral avoisine les 15 %, un niveau comparable à celui des partis pro‑armée qu’il a remplacés.



