Système des canaux de Bangkok qui ont le mérite d'exister mais qui ne suffisent plus
Les inondations de septembre‑octobre 2026 ont relancé un débat ancien : pourquoi la Thaïlande reste‑t‑elle si vulnérable malgré les leçons de 2011 ? Les scènes de quartiers submergés à Bangkok, les critiques contre le Premier ministre Anutin et les appels des habitants à des alertes plus claires rappellent une réalité : le pays n’a pas su transformer ses plans en infrastructures concrètes.
Des promesses restées sur papier
Après la catastrophe de 2011, le gouvernement Yingluck Shinawatra avait lancé un plan colossal de 350 milliards de bahts pour bâtir un système national de gestion de l’eau. Réservoirs, digues, zones de rétention, canaux de dérivation et systèmes d’alerte : six modules devaient réduire de moitié les zones inondées du bassin du Chao Phraya. Mais les recours juridiques et les lenteurs administratives ont bloqué la construction. Quinze ans plus tard, les projets les plus coûteux n’ont toujours pas démarré.
Les neuf plans révisés sous Prayut
Après le coup d’État de 2014, la stratégie a été révisée en neuf grands projets. Certains, modestes, ont été achevés : amélioration du drainage, protections communautaires, zones de rétention. Mais les chantiers majeurs — évalués à plus de 480 milliards de bahts — restent en attente ou viennent seulement d’être approuvés.
Le projet de canal de dérivation Bang Ban–Bang Sai, initialement lancé en 2019, a vu son calendrier repoussé : la durée des travaux a été prolongée et la fin de la construction n’est désormais prévue qu’en 2030.
Une gestion politique contestée
Dans l’urgence de 2026, Anutin Charnvirakul a tenté d’apaiser les sinistrés en distribuant des billets de 1 000 bahts de sa poche. Le geste, filmé et viral, a été jugé dérisoire face à une crise touchant 700 000 personnes et causant 40 morts. Le gouverneur Chadchart Sittipunt et le Département météorologique ont aussi été critiqués pour leur manque d’anticipation et d’alerte. Les habitants réclament avant tout des avertissements clairs et rapides, pas des gestes symboliques.
Le poids de l’histoire
Le Département météorologique traîne une réputation de défaillance depuis le tsunami de 2004, où des considérations économiques avaient retardé l’alerte. En 2026, la même hésitation semble se répéter : par peur de se tromper, on ne fait rien, lenteur bureaucratique, communication insuffisante. Résultat : des quartiers entiers de Bangkok et des provinces comme Ayutthaya ou Pathum Thani se retrouvent submergés sans préparation.
Une leçon ignorée
Les experts estiment les pertes économiques à 12,3 milliards de bahts pour cette seule crise, avec des estimations allant jusqu’à 20,6 milliards selon la vitesse de récupération. Au‑delà des chiffres, le problème est structurel : la Thaïlande identifie depuis longtemps les solutions techniques — canaux de dérivation des crues , digues, zones de rétention — mais tarde à les construire.
Quinze ans après 2011, la conclusion est brutale : faute de grands travaux réalisés, la Thaïlande reste exposée aux mêmes catastrophes. Les habitants n’attendent plus des excuses ou des billets distribués, mais un État capable de bâtir enfin les infrastructures promises.



