
Depuis plusieurs décennies, la Thaïlande nourrit l’ambition de devenir un centre médical et de bien‑être de référence en Asie. En 2026, le ministère de la Santé publique accélère ce projet avec un plan décennal articulé autour de cinq pôles stratégiques : industrie des produits de santé, recherche académique, événements médicaux internationaux, tourisme médical et services hospitaliers. Objectif : renforcer l’économie nationale tout en consolidant la réputation du pays comme destination de soins et de bien‑être.
Produits et innovation
Le Product Hub vise à développer la pharmacie, les dispositifs médicaux -l’ensemble des instruments, équipements et logiciels utilisés pour diagnostiquer, traiter ou soulager une maladie, allant du thermomètre aux robots chirurgicaux- et les extraits naturels.
Les autorités misent sur les herbes, les aliments fonctionnels – qui incluent probiotiques, antioxydants, oméga‑3, fibres et extraits végétaux et qui se retrouvent dans des produits simples du quotidien (yaourts, fruits, poissons, céréales) mais aussi dans des « superaliments » comme la spiruline ou le curcuma- et les cosmétiques innovants pour réduire les importations et accroître les exportations. La recherche sur les thérapies avancées (ATMP) et l’intégration de standards internationaux doivent permettre à l’industrie locale de rivaliser avec les grands producteurs mondiaux.
Recherche et formation
Le Academic Hub ambitionne de faire de la Thaïlande un centre régional de formation et d’essais cliniques. Le pays veut attirer des investissements étrangers et multiplier les partenariats en innovation médicale, notamment au sein de l’ASEAN. Le ministère espère générer 10 milliards de bahts d’investissements supplémentaires dans la recherche clinique.
Événements et rayonnement
Le Health Convention Hub cible l’organisation régulière de grands congrès médicaux et salons du bien‑être. En 2024, le secteur MICE (meetings, incentives, conferences, exhibitions) a déjà attiré 23,2 millions de visiteurs, générant 140 milliards de bahts. La Thaïlande accueillera le Global Wellness Summit à Phuket en 2026 et le Sommet mondial de l’OMS sur la médecine traditionnelle en 2027, renforçant son image de plateforme internationale.
Défis et concurrence
Malgré ce dynamisme, le marché de la beauté et du bien‑être reste sous pression. Selon Nahkah Thawichawat (FTI ou Federation of Thai Industries), la croissance est faible et pourrait reculer de 5 à 10 % en 2026, en raison d’un pouvoir d’achat affaibli et d’une baisse des visiteurs étrangers. La concurrence chinoise s’intensifie, notamment dans les soins de la peau. Nahkah recommande de privilégier les ingrédients locaux, d’intégrer la robotique et l’IA pour réduire les coûts, et de promouvoir davantage les PME thaïlandaises à l’international.
Initiatives privées
Le secteur hospitalier s’adapte. Dr Poramaporn Prasarttong‑Osoth (BDMS ou Bangkok Dusit Medical Services) propose un “wellness sandbox”, une zone pilote pour tester de nouveaux services et ajuster la réglementation. À l’hôpital Praram 9, la part des patients étrangers est passée de 15 % à 29 % du chiffre d’affaires en trois ans. Les principaux clients viennent du Moyen‑Orient, du CLMV (Cambodge, Laos, Myanmar, Vietnam) et des expatriés chinois. L’établissement s’étend vers l’Indonésie et investit dans la cancérologie et la radiothérapie, ciblant une population vieillissante.
Une stratégie de long terme
Le ministre de la Santé Pattana Promphat insiste sur la nécessité de visas médicaux plus longs et sur l’accueil de patients étrangers dans les hôpitaux publics. Il devra convaincre le premier ministre, très méfiant à l’égard des étrangers.
La Thaïlande entend ainsi conjuguer croissance économique et rayonnement international, en s’appuyant sur ses atouts historiques : qualité des soins, tradition du bien‑être et capacité d’innovation.



