
Le forum d’affaires organisé à Bangkok pour célébrer les 50 ans de relations diplomatiques entre la Thaïlande et le Vietnam a affiché une image d’unité. Sous le thème « Growing Together – Grandir ensemble », les dirigeants des deux pays ont insisté sur la nécessité de bâtir une croissance commune et de renforcer l’ASEAN. Le président vietnamien To Lam a rappelé qu’« aucun pays ne peut croître seul », tandis que le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul a souligné que « quand le Vietnam grandit, la Thaïlande grandit ».
Au-delà des accords économiques, la visite de To Lam a aussi marqué un tournant sécuritaire : Thaïlande et Vietnam veulent institutionnaliser l’échange de dissidents arrêtés, une décision qui suscite de vives critiques des défenseurs des droits humains.
Une complémentarité affichée
Avec ses 100 millions d’habitants, le Vietnam s’impose comme une base industrielle et manufacturière majeure, grâce à une main-d’œuvre de qualité. La Thaïlande, de son côté, dispose d’une expertise reconnue dans l’automobile, l’agroalimentaire, l’énergie et les services. Ensemble, ils ambitionnent de relier leurs chaînes de valeur et de devenir des hubs régionaux d’exportation. Le commerce bilatéral atteint déjà 24 milliards de dollars, avec un objectif à court terme de 25 milliards et une cible de 50 milliards à moyen terme. Plus de la moitié des exportations thaïlandaises vers le Vietnam sont des matières premières et composants destinés à son industrie d’assemblage, preuve d’une interdépendance réelle.
Derrière l’unité, la rivalité
Mais derrière les sourires et les discours de partenariat, la compétition est bien présente. Les deux pays sont parmi les destinations les plus attractives d’Asie du Sud‑Est pour les investissements étrangers, notamment dans les secteurs de pointe : semi‑conducteurs, data centers, intelligence artificielle et électronique avancée. La Thaïlande a enregistré 30,7 milliards de dollars de projets d’investissement au premier trimestre 2026, dont près de 70 % liés aux technologies du futur. Le Vietnam, lui, a attiré 15,2 milliards de dollars sur la même période, dominés par la fabrication et le traitement industriel.
Les défis thaïlandais
Pour conserver son avance, Bangkok doit relever plusieurs défis : garantir une énergie propre et stable, améliorer la gestion de l’eau dans l’Eastern Economic Corridor, former une main‑d’œuvre hautement qualifiée qui manque cruellement et moderniser ses infrastructures logistiques. Sans cela, les investisseurs pourraient se tourner vers des voisins jugés mieux préparés, comme la Malaisie.
Le Vietnam accélère
De son côté, Hanoï mise sur une stratégie ambitieuse : former 50 000 spécialistes des semi‑conducteurs d’ici 2030, développer un écosystème complet autour de la conception et de l’assemblage, et attirer les géants mondiaux grâce à des incitations fiscales. Samsung, déjà premier investisseur étranger au Vietnam, a annoncé 1,5 milliard de dollars pour une usine qui vérifie et valide les puces avant leur mise sur le marché, renforçant encore l’image du pays comme centre électronique régional.
Coopération ou compétition ?
Les deux nations insistent sur la complémentarité de leurs économies et multiplient les accords bilatéraux, comme la création d’un centre de maintenance aéronautique à U‑Tapao ou des projets de complexes commerciaux menés par Central Pattana (Thaïlande) et Sun Group (Vietnam) à Da Nang, Ho Chi Minh‑Ville, Phu Quoc . Mais la réalité est que chaque pays cherche à capter les flux d’investissements stratégiques pour assurer sa propre montée en gamme.
En somme, Thaïlande et Vietnam affichent une alliance solide, mais restent des rivaux acharnés dans la course aux capitaux et aux technologies. Leur relation est à la fois un partenariat indispensable et une compétition permanente : un équilibre fragile qui façonnera l’avenir économique de l’ASEAN.



