Le Parti démocrate, populaire dans le Sud, se réveille pour critiquer le méga projet du Bumjaithai
Le projet de Land Bridge ou Pont Terrestre, censé relier le golfe de Thaïlande à la mer d’Andaman entre Ranong et Chumphon, continue de diviser le Parlement. Jeudi, le Parti démocrate a présenté une contre‑proposition baptisée « Southern Connect », misant sur l’extension des autoroutes, le doublement des voies ferrées et l’intégration des réseaux de transport dans les 14 provinces du Sud, largement oubliées par le pouvoir central. Selon ses dirigeants, cette option offrirait des bénéfices économiques plus larges que le mégaprojet gouvernemental estimé à plus de 1 000 milliards de bahts.
Un projet jugé irréaliste
Abhisit Vejjajiva, chef du Parti démocrate, a dénoncé un projet conçu avant tout pour les compagnies maritimes étrangères et les spéculateurs fonciers. Korn Chatikavanij, son adjoint, a parlé de « vente de rêves », estimant que les armateurs continueront à privilégier le détroit de Malacca, plus compétitif. Selon lui, le Land Bridge augmenterait même les coûts logistiques une fois les transferts de cargaisons et le rail pris en compte.
Risques environnementaux et sociaux
Les députés démocrates ont aussi alerté sur les impacts écologiques et communautaires, comparant le projet aux erreurs coûteuses de l’Eastern Economic Corridor (Pattaya – Rayong). Sathit Wongnongtoey a rappelé que seules quatre provinces bénéficieraient directement du Land Bridge, tandis que l’ensemble du Sud subirait les conséquences. Comment blâmer, alors, les habitants du Sud s’ils en viennent à se sentir trahis par Bangkok ? Karndee Leopairote a souligné les évaluations contradictoires des agences publiques et l’absence d’étude environnementale complète.
Appel à une commission spéciale
L’opposition réclame la création d’un comité parlementaire dédié pour examiner le projet et garantir une véritable participation citoyenne. Plusieurs motions ont été déposées en ce sens. Les critiques pointent un manque de transparence et des consultations locales fragmentées, parfois menées sans expliquer qu’elles s’inscrivaient dans le cadre du Land Bridge.
Des inquiétudes partagées
Le leader du Prachachat Party, Tawee Sodsong, a lui aussi mis en garde contre des hypothèses économiques « imaginaires » et des risques de spéculation foncière. À l’inverse, le député Bhumjaithai de Ranong, Kongkrit Chatmaliwat, a défendu le projet, promettant 280 000 emplois et des mesures de compensation pour les pêcheurs et les communautés affectées.
Dimension géopolitique
Abhisit a averti que le Land Bridge pourrait transformer le Sud en zone de tensions stratégiques, à l’image du canal de Suez ou du détroit d’Ormuz. Dans un contexte de rivalité entre les États‑Unis et la Chine, il craint que la zone devienne un point de friction militaire. « Le Sud doit être développé avec ses propres ressources, pas transformé en simple route de transit », a‑t‑il insisté.
Vers un autre modèle
Certains élus, comme Natthaphong Ruengpanyawut du People’s Party, proposent une alternative axée sur la bio‑économie, afin de répondre aux besoins réels des populations locales. Pour l’opposition, refuser la mise en place d’une commission spéciale ne ferait qu’alimenter les soupçons de favoritisme et de décisions prises au profit d’une minorité, évidemment proche de l’establishment.
Et malgré des heures de débat et une forte réticence, la Chambre des représentants a rejeté la création d’une commission spéciale pour étudier le projet de Land Bridge. Les députés favorables, notamment du parti Bhumjaithai, ont souligné que plusieurs études économiques, sociales et environnementales avaient déjà été menées.



