
Les autorités thaïlandaises ont mené dimanche une vaste opération dans le district de Huai Khwang, la « nouvelle ville chinoise » de Bangkok, révélant l’existence de trois hôtels fonctionnant sans licence, soit 134 chambres exploitées en toute illégalité. L’opération, dirigée par le vice‑ministre de l’Intérieur Polapee Suwunchwee, a également mis en lumière des violations du droit du travail et des soupçons de corruption.
Migrants arrêtés et infractions multiples
Lors des inspections, cinq travailleurs migrants ont été arrêtés dans l’un des hôtels. Au total, seize employés étrangers et quatre employeurs ont été identifiés pour non‑respect des lois du travail. Les enquêteurs ont aussi découvert des modifications illégales de bâtiments, des publicités pour des sites de jeux d’argent et des indices de propriété par prête‑nom, notamment impliquant des ressortissants chinois.
Soupçons de paiements occultes
Un élément troublant est apparu lorsque, en pleine opération, un homme a appelé pour tenter de « régler » l’affaire. Il a affirmé que les établissements versaient régulièrement de l’argent à certains fonctionnaires. Les autorités enquêtent désormais sur deux ou trois agents cités dans cet appel. Polapee a promis que tout fonctionnaire impliqué ferait face à des sanctions disciplinaires et pénales.
Restaurants et salons dans le viseur
Outre les hôtels, quatre restaurants chinois, une boutique d’alcool et un salon de beauté ont été inspectés. Les enquêteurs ont trouvé des références à des sites de jeux en ligne imprimées sur des objets du quotidien, comme des cure‑dents ou des boîtes de mouchoirs. Dans le salon, un coiffeur chinois exerçait une profession réservée aux Thaïlandais. Là encore, un homme identifié comme « Poh » a tenté de faire pression pour éviter des poursuites, évoquant des paiements passés à la police et aux services d’immigration.
Enquête élargie
Les autorités ne comptent pas s’arrêter là. L’investigation va s’étendre aux titres de propriété foncière, afin de vérifier si des terrains sont détenus illégalement pour le compte d’étrangers. Les flux financiers seront également passés au crible, notamment les paiements par QR code liés à des comptes bancaires non thaïlandais. Les plateformes de livraison et de restauration en langue chinoise seront contrôlées pour s’assurer qu’elles sont enregistrées et paient leurs impôts.
Objectif : assainir le secteur
Polapee a indiqué que toutes les informations recueillies seraient transmises au ministre du Travail et au Premier ministre. L’objectif affiché est clair : mettre fin aux pratiques illégales, sanctionner les fonctionnaires corrompus et protéger les emplois réservés aux travailleurs thaïlandais.
Cette opération illustre la volonté des autorités de reprendre la main sur un secteur hôtelier et commercial miné par les irrégularités, dans le quartier chinois de Bangkok où les activités à risque se multiplient.
L’ambassade de Chine à Bangkok, située à proximité du quartier chinois de Huai Khwang, a rappelé à ses ressortissants l’importance de respecter les lois locales. Dans un communiqué récent, elle a insisté sur la nécessité de se conformer aux règles d’immigration et de travail en Thaïlande. Les autorités chinoises ont également exhorté leurs citoyens à éviter toute implication dans des activités illégales, notamment le jeu et les opérations commerciales non enregistrées. Un changement de ton notable, puisque l’ambassade s’était montrée ces derniers mois très prompte à dénoncer la façon dont les autorités thaïlandaises traitaient les fauteurs de troubles chinois. L’ambassade affirme cependant vouloir toujours protéger ses citoyens tout en préservant l’image de la communauté chinoise en Thaïlande.



