
MàJ : le président de l’organisation provinciale est décédé dans cette province où les armes sont donc largement utilisées.
–
Nonthaburi, déjà endeuillée vendredi par une fusillade scolaire meurtrière, a de nouveau été secouée lundi matin. Le colonel de police Thongchai Yenprasert, président de l’Organisation administrative provinciale (PAO), a été grièvement blessé par balles. L’auteur présumé, Chalong Riewrang, ancien député de la province, s’est rendu à la police peu après.
Quatre balles tirées
Selon les enquêteurs, Chalong a approché le véhicule de Thongchai à la sortie du siège de la PAO. Il a frappé à la vitre, que le président a baissée pour lui parler, avant d’ouvrir le feu. Touché à quatre reprises, Thongchai a été transporté d’urgence à l’hôpital Pranangklao. À 12 h 20, le directeur de l’établissement confirmait qu’il était toujours en salle d’urgence, recevant transfusions et soins intensifs. Son chauffeur a également été blessé.
Un ex‑député influent
Chalong Riewrang, ancien élu du parti Bhumjaithai et figure politique locale, a reconnu les faits. Il affirme avoir sollicité à plusieurs reprises l’aide de Thongchai face à ses difficultés, sans succès. Les premiers témoignages évoquent un différend financier de 11 millions de bahts (environ 280 000 euros). La victime aurait refusé de rendre la somme empruntée au tireur, mais le mobile exact reste à éclaircir. Après la fusillade, Chalong a contacté une journaliste en direct pour annoncer qu’il venait de tirer, avant de se rendre à la police.
Des consignes ignorées
Ce nouvel épisode survient alors que le Premier ministre Anutin Charnvirakul avait ordonné, dès vendredi, un renforcement strict du contrôle des armes à feu après la fusillade scolaire de Nonthaburi. Mais les consignes gouvernementales semblent rester lettre morte : un ancien député a pu circuler armé et tirer sur le président de la PAO en plein jour. Les autorités locales n’ont manifestement pas appliqué les mesures de sécurité exigées.
Une province sous le choc
En quatre jours, Nonthaburi a connu deux drames majeurs : une fusillade dans un lycée qui a fait neuf morts, puis l’attaque contre le président de la PAO. La population est sidérée. Les experts soulignent que ces violences révèlent une faille profonde dans la gestion des armes et la prévention des conflits.
Enquête en cours
La police a bouclé le secteur et recueille témoignages et preuves. Les autorités promettent des poursuites exemplaires. Mais pour les habitants de Nonthaburi, endeuillés vendredi et désormais suspendus au sort de leur président, la question reste entière : pourquoi les consignes de sécurité du gouvernement ne sont‑elles pas suivies par ceux qui devraient les appliquer ? Pourquoi les politiciens intouchables, du Bumjaithai de surcroit, se promènent-ils armés et tirent en pleine rue ?
Chalong Riewrang affirme à la presse qu’il n’avait jamais eu de démêlés judiciaires auparavant et qu’il voulait simplement récupérer la dette de 11 millions de bahts qu’il dit avoir prêtée à son ami Thongchai. Selon lui, il a toujours aidé ses proches financièrement, mais ses propres difficultés de santé et de revenus l’ont poussé à demander de l’aide. Il raconte que la discussion a dégénéré lorsque Thongchai l’a repoussé et refusé de parler. En suivant son ami jusqu’à la voiture, il dit avoir sorti son arme sans intention de tirer, mais affirme que le chauffeur de la victime a sorti un pistolet, ce qui l’aurait poussé à ouvrir le feu. Chalong assure qu’il n’avait pas l’intention de tuer, qu’il voulait seulement discuter, et présente ses excuses à la population de Nonthaburi ainsi qu’à la famille de Thongchai.
En Thaïlande, la libération sous caution fonctionne de manière assez stricte. Après une arrestation, le suspect est présenté au tribunal qui décide s’il doit rester en détention provisoire ou peut être libéré. La caution est fixée en fonction de la gravité des faits, du risque de fuite et de l’influence du suspect. Dans une affaire de tentative de meurtre ou de tir sur un haut responsable, les juges sont généralement très prudents : la détention provisoire est privilégiée et la caution peut être refusée. Si elle est accordée, le montant est élevé et assorti de conditions comme l’interdiction de quitter le pays ou l’obligation de se présenter régulièrement.
Autrement dit, le fait que Chalong ait pu s’exprimer devant la presse au commissariat ne signifie pas qu’il est libre : il reste sous contrôle policier, et seule une décision judiciaire pourra déterminer s’il peut être libéré sous caution.



