
Bangkok — En Thaïlande, les gardes forestiers et volontaires paient chaque année un prix dramatique pour protéger les forêts et la faune sauvage. Entre incendies meurtriers et attaques d’éléphants, leur mission se transforme trop souvent en sacrifice.
Les flammes, un ennemi invisible, mais constant
Dans le Nord, les saisons sèches s’accompagnent de milliers de foyers d’incendie. Mal équipés, les volontaires montent au front avec des outils rudimentaires, construisent des pare-feu et affrontent la fumée suffocante. En avril, Boonma Phadaeng à Chiang Mai et Decha Tathika à Phrae ont succombé à l’épuisement après des jours de lutte contre les flammes. Comme eux, d’autres meurent chaque année, sans assurance ni compensation pour leurs familles.
Les autorités continuent de pointer du doigt les communautés montagnardes, accusées de pratiquer le brûlis. Pourtant, les études montrent que les grandes plantations de maïs et de canne à sucre sont les véritables sources des incendies. Les villageois, eux, sont criminalisés pour des pratiques agricoles ancestrales, alors qu’ils sont les premiers à intervenir pour sauver les forêts.
Les éléphants, danger imprévisible
À ce tribut s’ajoute celui des attaques d’éléphants sauvages, de plus en plus fréquentes dans les zones frontalières des réserves. Le 2 mai, dans le parc national de Thap Lan (Prachinburi), deux éléphants ont piétiné à mort Thirachai Ngamsan, 53 ans, volontaire en patrouille. Selon les enquêteurs, un chien aurait surpris les animaux au repos, déclenchant leur charge.
Son corps a été retrouvé dans une forêt de bambous, marqué par de lourds traumatismes et entouré d’empreintes d’éléphants. Sa femme, inquiète de ne pas le voir rentrer, a découvert la scène avant d’alerter les autorités. Le parc a présenté ses condoléances et promis une aide à la famille, mais l’incident rappelle la vulnérabilité de ceux qui vivent et travaillent au contact direct de la faune.
Une double menace pour les protecteurs de la nature
Entre les flammes et les éléphants, les gardes forestiers et volontaires se retrouvent pris en étau. Ils protègent les forêts contre les incendies, mais doivent aussi gérer les conflits croissants entre humains et pachydermes, liés à la réduction des habitats naturels et à l’expansion agricole.
Ces dangers s’ajoutent à une précarité persistante : absence d’équipement adapté, budgets insuffisants, reconnaissance limitée. Contrairement aux policiers ou militaires, leurs familles ne bénéficient pas de compensations en cas de décès.
Vers une reconnaissance nécessaire
Experts et ONG plaident pour que l’État considère ces volontaires comme une force de réserve officielle :
- Rémunération pour les jours passés sur la ligne de feu.
- Équipement de protection complet (masques, bottes, gants).
- Assurance, bilans de santé et pensions pour les familles endeuillées.
- Budgets directs aux communautés avant la saison des incendies pour préparer les pare-feu.
Un tribut qui s’alourdit
Les morts de Boonma, Decha et Thirachai rappellent une réalité brutale : protéger la forêt et la faune en Thaïlande coûte la vie à ceux qui s’y consacrent. Tant que les politiques resteront centrées sur la répression des villageois plutôt que sur la régulation des grandes plantations et la prévention des conflits avec les éléphants, le tribut payé par les gardes forestiers ne cessera de croître.
À mesure que le climat se réchauffe et que les habitats se réduisent, incendies et attaques d’animaux sauvages risquent de s’intensifier. Les gardes forestiers resteront en première ligne, mais au prix de leur vie.



