Mahanakorn University of Technology,
En l’absence de réelle formation professionnelle dans le pays, la Thaïlande met les bouchées doubles pour combler son déficit de main‑d’œuvre qualifiée dans les semi‑conducteurs et l’électronique avancée. Le gouvernement a lancé la première phase (2026‑2030) du National Semiconductor and Advanced Electronics Workforce Development Plan, avec un objectif clair : former 80 000 professionnels spécialisés en cinq ans afin de soutenir l’arrivée massive d’investissements internationaux.
Plutôt que de construire de nouvelles infrastructures coûteuses, le pays mise sur l’extension de 10 centres régionaux de formation répartis dans cinq provinces stratégiques. Ces établissements, issus du réseau de l’enseignement professionnel, seront modernisés et dotés d’équipements adaptés aux besoins des usines locales. L’idée est de proposer des programmes de montée en compétences et de reconversion pour techniciens, opérateurs, ingénieurs et diplômés en informatique, afin de créer une main‑d’œuvre directement opérationnelle.
Le plan s’inscrit dans une stratégie plus large visant à porter la part de travailleurs hautement qualifiés de 13,6 % à 25 %. Outre les semi‑conducteurs, la feuille de route prévoit la formation de 150 000 spécialistes pour les véhicules électriques et 50 000 pour l’intelligence artificielle, soit un total de 280 000 travailleurs dans les filières de pointe.
Universités et centres de recherche en première ligne
Quatre institutions jouent un rôle central :
- KMITL (King Mongkut’s Institute of Technology Ladkrabang), chef de file pour les tests de circuits intégrés et coordinateur d’un consortium de 12 universités.
- KMUTNB (King Mongkut’s University of Technology North Bangkok), spécialisé dans le packaging des puces et en lien direct avec les industriels.
- Mahanakorn University of Technology, pivot pour la conception de circuits imprimés et partenaire de l’Université de Twente aux Pays‑Bas.
- Thai Microelectronics Center (TMEC), qui fournit l’infrastructure physique pour la fabrication et l’usinage des wafers.
Ces établissements forment le réseau des National Semiconductor Training Centers (NSTCs) et pilotent le Thailand Semiconductor Sandbox Program, combinant diplômes spécialisés et certificats modulaires.
Partenariats public‑privé
Le modèle est dit « Made‑to‑Order » : les universités co‑construisent les programmes avec les entreprises. Parmi les partenaires figurent Delta Electronics, Infineon Technologies, Stars Microelectronics, Western Digital, Seagate, ainsi que des géants américains comme Analog Devices et Microchip Technology. Les associations professionnelles, telles que la Thailand Printed Circuit Association (THPCA) et la Thai Semiconductor Industry Trade Association (TSITA), assurent la cohérence entre recherche académique et besoins industriels.
La coopération dépasse les frontières : Arizona State University propose dès 2026 un certificat hybride en packaging de semi‑conducteurs pour 200 participants thaïlandais, tandis que des réseaux taïwanais partagent leur expertise en écosystèmes de talents.
Un pari stratégique
En misant sur la formation ciblée plutôt que sur de nouvelles infrastructures, la Thaïlande espère se positionner comme hub régional des semi‑conducteurs et de l’électronique avancée. Le défi est immense : atteindre 80 000 spécialistes en cinq ans, tout en garantissant que leurs compétences correspondent aux besoins précis des usines.
Ce plan, au croisement de l’éducation, de l’industrie et de l’innovation, illustre la volonté du pays de transformer son capital humain en moteur de compétitivité, alors que la Thaïlande avait, jusque là, sacrifié le talent de sa jeunesse. Reste à voir si cette accélération suffira à combler le retard face aux géants asiatiques déjà bien implantés dans la chaîne mondiale des semi‑conducteurs.



