
Face à la multiplication des incidents impliquant des éléphants sauvages, la Thaïlande envisage une mesure inédite : la création d’une assurance destinée à indemniser rapidement les victimes. Le projet, actuellement à l’étude, vise à mieux protéger les populations vivant à proximité des zones forestières, tout en poursuivant les efforts de conservation de l’espèce.
À titre d’exemple, le 29 octobre, neuf éléphants sauvages ont pénétré dans un village du district de Chaiya, dans la province de Surat Thani, vers 1 heure du matin, après avoir quitté la forêt du parc national de Kaeng Krung à la recherche de nourriture. Le troupeau a causé d’importants dégâts, endommageant une maison dont une partie s’est affaissée, ainsi qu’une antenne, des appareils électriques et d’autres équipements domestiques. Les pachydermes ont également détruit plusieurs arbres, dont neuf cocotiers, onze palmiers à bétel et un durianier. Les gardes du parc surveillent désormais le troupeau afin de le reconduire en forêt et d’éviter de nouvelles incursions dans la communauté.
Réuni le 27 octobre, le Département des parcs nationaux, de la faune et de la conservation des plantes (DNP) a placé la question des éléphants sauvages parmi ses priorités nationales. Les autorités reconnaissent que les sorties fréquentes des pachydermes hors des zones protégées représentent un défi croissant pour les habitants, les agriculteurs et les équipes chargées de leur surveillance.
Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. Selon le directeur général du DNP, les incidents impliquant des éléphants sauvages ont déjà fait 305 morts et 284 blessés au fil des années. On ne sait pas précisémment quand ont commencé les relevés. Les dégâts matériels et agricoles se multiplient également, affectant directement les revenus de nombreuses familles rurales.
Pour faire face à cette situation, le DNP souhaite abandonner une approche essentiellement défensive, consistant à repousser les animaux lorsqu’ils s’aventurent dans les zones habitées. Les autorités plaident désormais pour une gestion plus proactive et mieux coordonnée.
Parmi les mesures envisagées figure la création d’un « programme d’assurance contre les éléphants sauvages », développé en coopération avec le Département de prévention et de réduction des catastrophes ainsi qu’avec le Bureau de contrôle des assurances. Le modèle serait comparable à celui des dispositifs d’assurance contre les catastrophes naturelles et permettrait d’assurer une indemnisation plus rapide et plus prévisible des victimes.
Aujourd’hui, le système d’aide publique représente déjà une charge importante. Le montant des indemnisations versées aux personnes affectées par les éléphants sauvages atteint 70 millions de bahts, une somme appelée à augmenter si les conflits entre l’homme et la faune continuent de progresser.
Parallèlement, le DNP rappelle avoir récemment relevé le plafond des aides financières. Les victimes peuvent désormais recevoir jusqu’à 500 000 bahts en cas de décès, de blessure, de destruction de biens ou de dommages aux cultures.
Les autorités ont également dévoilé un plan d’action reposant sur six axes prioritaires : l’amélioration des habitats naturels, le développement de barrières de protection, le renforcement des équipes de surveillance, l’aide aux victimes, la création de zones d’accueil pour les éléphants et le contrôle de la population par vaccination contraceptive.
L’objectif affiché est clair : protéger les habitants sans compromettre la survie d’une espèce emblématique du patrimoine naturel thaïlandais.



