
La police thaïlandaise a annoncé jeudi l’arrestation de plusieurs fonctionnaires et employés d’hôpital impliqués dans un système frauduleux d’enregistrement de naissances. Selon les enquêteurs, ce stratagème a permis à 164 enfants nés de mères chinoises – et dans un cas d’une mère laotienne – d’obtenir la nationalité thaïlandaise grâce à de faux pères thaïlandais inscrits sur leurs certificats de naissance.
En réalité, le père biologique est chinois. L’enfant est donc 100 % chinois par filiation, mais il bénéficie d’une double nationalité grâce à la reconnaissance fictive par un Thaïlandais. Cette nationalité thaïlandaise permet ensuite d’inscrire au nom de l’enfant des entreprises et des biens appartenant au père chinois, contournant ainsi les lois qui interdisent aux étrangers de détenir certains types de propriétés ou de sociétés en Thaïlande.
Un réseau bien organisé
L’opération, baptisée « Ôter les écailles du dragon », a été menée par le général Samran Nualma, adjoint du chef de la police nationale, en coopération avec le Département de l’administration provinciale. Les autorités visent des Thaïlandais rémunérés pour reconnaître des enfants étrangers, en collusion avec des employés d’un hôpital privé et des agents d’un bureau de district de Thonburi, à Bangkok.
Une responsable des dossiers médicaux proposait des forfaits de maternité à des clientes chinoises pour environ 70 000 bahts, percevant 20 000 bahts par dossier. Les registres hospitaliers révèlent que les « faux pères » n’avaient aucun lien médical ou familial avec les enfants déclarés.
Arrestations en série
Au total, 42 personnes sont poursuivies : 18 Thaïlandais accusés d’avoir servi de « faux pères », 21 parents chinois, une mère laotienne, ainsi que des fonctionnaires hospitaliers et administratifs. Les charges incluent des violations de la loi sur l’état civil, de la loi sur la criminalité informatique et des accusations de corruption publique.
Liens avec des affaires de grande ampleur
L’enquête trouve son origine dans l’arrestation en 2024 de Chen Yin Lai, un ressortissant chinois soupçonné d’avoir dirigé un réseau de blanchiment d’argent de plus de 70 milliards de bahts. Ses enfants, nés de mères chinoises, mais enregistrés avec des pères thaïlandais fictifs, avaient obtenu la nationalité thaïlandaise et servaient de prête‑noms pour ses sociétés. Les investigations ont aussi révélé qu’un des « faux pères » était actionnaire d’une entreprise chinoise impliquée dans l’effondrement meurtrier du bâtiment de la Cour des comptes lors du séisme de 2025.
Mesures renforcées
Face à ce scandale, le Département de l’administration provinciale a annoncé un durcissement des procédures : présence obligatoire des deux parents lors de l’enregistrement, entretiens séparés, vérification des certificats hospitaliers et recours à des tests ADN en cas de doute. D’autres hôpitaux privés de Bangkok sont désormais sous surveillance.



