
Titre
La police thaïlandaise a annoncé jeudi l’arrestation du dernier suspect dans l’affaire de la tentative d’assassinat de Kamonsak Leewamoh, député de Narathiwat et avocat spécialisé dans la défense des droits humains. L’homme, un ancien officier de la marine, a reconnu avoir tiré sur le véhicule du parlementaire le 20 mars dernier. Mais l’identité du véritable commanditaire demeure mystérieuse.
Lt Wirote Katemanee, arrêté mercredi après avoir été remis par un groupe armé birman à la frontière de Kanchanaburi, a été transféré à Narathiwat pour y être interrogé. Selon les enquêteurs, il a avoué avoir été chargé de tirer sur le député, mais a affirmé avoir hésité au moment crucial, ce qui expliquerait pourquoi Kamonsak s’en est sorti indemne. Son chauffeur et un policier chargé de sa protection ont en revanche été grièvement blessés.
Le commando avait utilisé un pick‑up appartenant à l’Internal Security Operations Command (Isoc), rapidement démonté après l’attaque pour effacer les traces. Quatre autres suspects sont déjà derrière les barreaux : un ancien officier de marine, le conducteur du véhicule, le propriétaire du garage qui a démonté le véhicule et un ancien ranger. Tous ont reconnu leur rôle, mais leurs versions contradictoires n’ont pas permis d’identifier clairement l’instigateur.
Lors de son interrogatoire, Wirote a d’abord désigné Somporn Langdetch, un autre ex‑militaire, comme le cerveau de l’opération. Il a aussi évoqué une rancune personnelle contre Kamonsak, en raison de son engagement en faveur des droits des populations du sud. Mais les enquêteurs doutent de cette explication jugée trop simpliste pour un soldat chevronné ayant travaillé seize ans à l’étranger avec les Nations unies.
Le Prachachat Party, auquel appartient Kamonsak, réclame désormais des réponses. Son leader, Tawee Sodsong, estime que l’affaire porte les marques d’une opération planifiée en plusieurs étapes : surveillance, exécution, puis destruction des preuves. Il appelle les autorités à remonter la chaîne de commandement et à clarifier le rôle de l’Isoc, dont le véhicule a été utilisé.
Wan Muhamad Noor Matha, ancien président de la Chambre et figure du parti, souligne que les cinq suspects visés par des mandats d’arrêt ont été arrêtés et que les preuves matérielles — arme, véhicule démonté, témoignages — sont solides. Mais il insiste : « Le plus important reste de savoir qui a ordonné l’attaque. »
De son côté, Kamonsak se dit « partiellement satisfait » des arrestations. Il a remis de nouveaux éléments aux enquêteurs, notamment des données téléphoniques qu’il estime cruciales pour identifier les véritables responsables. Il soupçonne que plusieurs niveaux de commandement et craint que certaines informations aient été volontairement soustraites du dossier.
L’affaire suscite une vive inquiétude dans le sud de la Thaïlande, où l’Isoc déploie près de 60 000 hommes. Le fait que trois des cinq suspects soient issus des rangs militaires alimente les interrogations sur une possible utilisation de ressources étatiques dans une tentative d’élimination politique.
Vendredi, la police devait demander au tribunal provincial de Narathiwat la prolongation de la détention de Wirote. En attendant, l’ombre du commanditaire plane toujours sur ce dossier explosif, qui met en lumière les tensions persistantes dans une région marquée par l’insurrection et les accusations d’abus de pouvoir de la part de « Bangkok ».



