
L’enquête sur l’accident ferroviaire survenu samedi 16 mai au carrefour Rama 9 – Asoke‑Phetchaburi prend une nouvelle tournure. Huit personnes ont perdu la vie et une vingtaine ont été blessées lorsque le train de fret n°2126 a percuté un bus de la ligne 206 resté bloqué sur les rails. Les autorités thaïlandaises ont annoncé que des poursuites étaient engagées contre le conducteur du train, celui du bus et le « garde-barrière ».
Le colonel Uramphon Khundechsamrit, chef du commissariat de Makkasan, a confirmé que les trois hommes étaient inculpés pour « avoir causé la mort, des blessures graves et des atteintes corporelles ». Les tests pratiqués sur le conducteur du train ont révélé la présence de méthamphétamine et de marijuana. Les enquêteurs doivent désormais déterminer si la consommation de stupéfiants peut être retenue comme facteur aggravant dans le cadre des règlements de la State Railway of Thailand (SRT). Le Land Traffic Act, qui régit la circulation routière, ne s’applique pas aux trains, ce qui complique la qualification juridique.
Concernant le cannabis, désormais plus ou moins légal en Thaïlande, les autorités examinent si son usage peut néanmoins constituer une infraction dans ce contexte. Une cellule conjointe a été mise en place pour analyser les différentes responsabilités.
Les enquêteurs s’intéressent aussi aux véhicules qui s’étaient arrêtés sur les rails avant la collision. Les automobilistes pourraient être poursuivis s’il est établi qu’ils ont ignoré les signaux de sécurité. D’ailleurs, le Département des Transports ferroviaires a déposé une plainte contre les automobilistes ayant obstrué la voie ferrée, en vertu de la nouvelle loi sur le transport ferroviaire entrée en vigueur en mars. C’est la première fois que ce texte est utilisé. Il prévoit des sanctions pour toute action endommageant les infrastructures ou perturbant l’exploitation des trains. L’objectif affiché est de renforcer la sécurité publique et d’éviter la répétition de tels drames.
Au‑delà des responsabilités individuelles, l’accident relance le débat sur la sécurité des passages à niveau dans la capitale. Bangkok compte encore 27 intersections rail‑route jugées dangereuses. Le projet dit du « Missing Link » ou « lien manquant », longtemps discuté, revient sur le devant de la scène. Il prévoit la construction d’une ligne de 25,9 km, combinant sections aériennes et souterraines, afin de supprimer définitivement les passages à niveau.
Selon Anan Phonimdang, un gouverneur de la SRT, l’agence souhaite accélérer le calendrier. Le projet, initialement prévu pour… 2034, pourrait être soumis au Cabinet « dès » 2028 après une révision des études et un appel d’offres anticipé. Le budget, estimé à plus de 44 milliards de bahts, devrait permettre de créer neuf nouvelles stations, de Samsen à Hua Mak, en passant par Phaya Thai et Makkasan. Les projections tablent sur 211 000 trajets quotidiens à l’ouverture, avec une montée en charge jusqu’à 330 000.
Les autorités espèrent que cette infrastructure mettra fin aux tragédies récurrentes aux passages à niveau. « Une fois la construction achevée, nous sommes confiants que le problème sera résolu », a déclaré Anan, promettant que 2034 marquerait « la fin du chapitre des passages à niveau à Bangkok ». En Thaïlande, comme ailleurs dans le monde, les travaux sont toujours livrés avec des années de retard, ainsi l’horizon 2040, semble plus réaliste pour cette liaison primordiale.
En attendant, la douleur des familles endeuillées et des blessés rappelle l’urgence d’agir. Les habitants de la capitale, confrontés à des embouteillages chroniques et à des infrastructures vieillissantes, réclament des mesures immédiates. La mise en place de volontaires de la police de la circulation aux passages à niveau est à l’étude, mais beaucoup doutent que cela suffise.
Entre responsabilités individuelles, failles réglementaires et lenteur des grands projets, l’accident du 16 mai illustre les fragilités du système ferroviaire thaïlandais. La justice devra trancher sur les charges retenues, tandis que la SRT et le gouvernement sont sommés de transformer les promesses d’infrastructures en réalité. Pour les victimes et leurs proches, seule une amélioration tangible de la sécurité pourra donner un sens à ce drame.



