
Douze ans après le coup d’État militaire du 22 mai 2014, triste anniversaire, l’opposition thaïlandaise estime que le pays reste prisonnier d’un système verrouillé par les élites. Dans un message publié vendredi sur Facebook, Natthaphong Ruengpanyawut, chef du People’s Party et leader de l’opposition, a affirmé que la Thaïlande vivait toujours sous un « régime bleu », en référence à la couleur du parti Bhumjaithai qui domine la coalition gouvernementale.
Selon lui, si les chars ont disparu des rues, le processus de confiscation du pouvoir s’est poursuivi sous des formes plus subtiles, mais tout aussi sévères. Il cite plus de 200 procédures judiciaires intentées contre des citoyens, 74 répressions de manifestations pacifiques et la dissolution de sept grands partis politiques depuis 2014. « Ces signes montrent que la confiscation du pouvoir ne s’est pas affaiblie, mais s’est intensifiée et sophistiquée », écrit‑il.
Le dirigeant accuse la Cour constitutionnelle, les agences indépendantes et le Sénat de servir d’outils pour protéger les intérêts des élites au détriment de la majorité. Il estime que la Constitution de 2017, héritée du coup d’État, a redessiné les institutions afin de garantir que le pouvoir reste concentré entre les mains d’un petit groupe, conglomérats, armée, etc. Les nominations dans la justice, l’armée, la police et la haute fonction publique, ainsi que les budgets publics, auraient été utilisés pour consolider cette domination.
Natthaphong rappelle que son propre parti est né après la dissolution de ses prédécesseurs, Future Forward et Move Forward, par décision de la Cour constitutionnelle. Pour lui, ces institutions ont dévié de leur rôle de gardiennes de la démocratie et sapent désormais ses principes fondamentaux, comme la souveraineté populaire et la protection des libertés.
Le leader de 39 ans accuse également le régime bleu de favoriser les grands groupes économiques liés au pouvoir, accentuant les inégalités et la corruption. « Ce système politique n’a ni la volonté ni la capacité de répondre aux besoins du peuple », déplore‑t‑il, évoquant des réformes structurelles bloquées, une justice discréditée et une société minée par les monopoles. Le capitalisme de connivence et l’enseignement bridé empêche le pays de se développer.
Ses propos interviennent alors que le People’s Party continue de faire face à des critiques pour avoir soutenu Anutin Charnvirakul lors de son premier mandat de Premier ministre. Certains militants pro‑démocratie y voient une contradiction avec la ligne anti‑establishment du parti. La formation défend ce choix comme une tactique destinée à éviter l’impasse politique et à pousser vers une réforme constitutionnelle. Cette stratégie, dont l’issue était annoncée, n’a fait que consolider l’emprise du « régime ». La perspective d’une véritable réforme constitutionnelle s’éloigne, et le pays se retrouve plus que jamais dans l’impasse.
Malgré les obstacles, Natthaphong se dit convaincu que l’espoir demeure. « Le champ qui nous appartient est celui de l’espérance et de la conquête des cœurs. Aucun régime ne peut monopoliser les règles dans cet espace », affirme‑t‑il.
Il appelle les citoyens à s’unir pour bâtir une « puissance populaire » capable de sortir la Thaïlande du régime bleu. La première étape, selon lui, doit être l’élaboration d’une nouvelle constitution véritablement démocratique et connectée au peuple. « Nous voulons un pays qui appartient à ses citoyens, une société d’égalité et un avenir pour nos enfants », conclut‑il.



