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De nombreux data centers illégaux à Bangkok. Un réseau électrique inadapté.

Geo Valin 2 Sep 2026
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Bangkok, septembre 2026 – Derrière l’image d’un secteur en plein essor, les data centers thaïlandais révèlent des zones d’ombre inquiétantes. Le ministre de l’Économie numérique et de la Société, Chaichanok Chidchob, a reconnu cette semaine que “de nombreux centres” opéraient à Bangkok sans autorisation légale, parfois installés dans des entrepôts ou des immeubles commerciaux.

Des installations hors‑la‑loi

Selon le ministre, certaines structures ont même stocké d’importantes quantités de carburant pour produire leur propre électricité. Un député de l’opposition a évoqué des réserves atteignant près de 500 000 litres de diesel dans un centre de Bang Kapi. En deçà de ce seuil, la loi sur le contrôle des carburants ne s’applique pas, créant un vide juridique. Résultat : des réservoirs géants se retrouvent parfois à quelques mètres des habitations, sans que les riverains en soient informés.

Un flou réglementaire persistant

Le problème tient aussi à l’absence de définition claire de ce qu’est un data center dans le droit thaïlandais. Faut‑il l’assimiler à un bâtiment industriel, à un bureau ou à une installation commerciale ? Ce flou permet aux opérateurs de contourner les règles d’urbanisme et de sécurité. Le ministre des Finances, Ekniti Nitithanprapas, a promis une révision en profondeur, mais les documents manquent encore pour encadrer le secteur.

Une manne économique sous tension

Ces révélations interviennent alors que la Thaïlande mise sur les data centers pour attirer les géants du numérique et les investissements liés à l’intelligence artificielle. Mais les inquiétudes grandissent : sans réseau électrique fiable et sans réglementation stricte, le pays pourrait perdre des projets au profit de voisins mieux préparés. Lors d’un forum sur les smart grids, des industriels ont averti que les délais d’approbation – parfois six ans – et les règles trop restrictives freinent l’accès à une électricité propre et compétitive.

Un “smart grid” est un réseau électrique intelligent qui utilise capteurs, logiciels et communication en temps réel pour équilibrer la production et la consommation d’électricité. Contrairement aux réseaux traditionnels, il gère des flux bidirectionnels, intègre les énergies renouvelables et réduit les risques de coupures.

En France, les “smart grids” sont déjà en plein déploiement. Mais malgré des progrès notables, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) souligne que des défis persistent, notamment sur la flexibilité du réseau et l’adaptation aux nouveaux usages comme la voiture électrique.

Au Vietnam, les “smart grids” sont devenus une priorité nationale : le pays modernise son réseau électrique pour absorber la croissance industrielle et intégrer davantage de solaire et d’éolien. Mais les défis restent énormes, notamment face aux pics de consommation et au manque de capacités de stockage.

La Thaïlande n’est pas inactive mais reste en retard.

L’énergie, nerf de la guerre

Les data centers exigent une alimentation continue et massive. Or, le réseau thaïlandais peine à suivre. Les experts appellent à ouvrir l’accès au marché de l’électricité, à raccourcir les procédures et à développer des solutions locales comme le solaire flottant ou les batteries de stockage. Sans cela, les investisseurs risquent de se détourner. “Un arrêt de quelques secondes peut suffire à endommager des machines”, a rappelé Nopadej Karnasuta, dirigeant de B.Grimm Power.

Entre opportunité et risque

Pour les autorités, l’enjeu est double : soutenir un secteur stratégique tout en garantissant la sécurité des habitants. Car derrière les promesses de croissance et de modernisation, la réalité est plus fragile : centres construits sans permis, carburant stocké à proximité des quartiers résidentiels, infrastructures électriques vieillissantes.

Le gouvernement veut accélérer la mise en place d’une “Policy Fast Track”, c’est à dire une procédure accélérée d’autorisation pour les projets énergétiques dans le but de tester de nouvelles technologies. Mais tant que les règles resteront floues et les contrôles insuffisants, le royaume des data centers ressemblera davantage à une zone grise qu’à un eldorado numérique.

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