Sous les bâches
La Thaïlande se retrouve une nouvelle fois confrontée à ses contradictions environnementales. D’un côté, les autorités viennent de démanteler une usine illégale de traitement de déchets électroniques à Samut Sakhon, opérée par des ressortissants chinois, encore. De l’autre, le ministère de l’Industrie met en avant son ambitieux projet de recyclage des véhicules en fin de vie (ELV), censé incarner le modèle bio‑circulaire‑vert (BCG) promu par Bangkok. Deux histoires qui, mises en parallèle, illustrent la bataille permanente entre pratiques clandestines et volonté de transition durable.
Samedi, la Division de répression des crimes contre les ressources naturelles (NED) a mené une descente dans une usine de la société Hongyue Renewable Resources Technology. Derrière des bâches, les enquêteurs ont découvert des montagnes de câbles, de métaux et de résidus électroniques. Le site avait déjà été fermé en 2025, mais avait repris ses activités en toute illégalité. Les matériaux accumulés — plus de 3 200 m³ — sont considérés comme dangereux. Le propriétaire, un ressortissant chinois, était introuvable. L’affaire illustre la difficulté des autorités à contrôler un secteur où les profits rapides priment sur la sécurité environnementale.
À l’opposé, le ministère de l’Industrie tente de montrer une autre voie. Son projet ELV vise à recycler les voitures usagées, en récupérant acier, plastiques et composants pour les réinjecter dans l’économie. L’initiative s’inscrit dans le cadre du modèle BCG, qui encourage les industriels à réduire l’impact écologique tout en créant de la valeur. Des partenariats avec le Japon et Toyota Tsusho doivent renforcer les capacités de démantèlement et de recyclage. L’Institut de l’automobile thaïlandais souligne que les matériaux recyclés, notamment l’acier, peuvent être réutilisés dans la construction, tandis que les déchets résiduels alimenteront de nouvelles centrales de production d’énergie.
Le contraste est frappant. À Samut Sakhon, une usine clandestine traite des déchets électroniques importés sans contrôle, exposant les riverains à des substances toxiques. À Bangkok, le gouvernement vante une économie circulaire où chaque voiture en fin de vie devient une ressource. Les deux histoires révèlent la même urgence : la Thaïlande doit trouver un équilibre entre répression des filières illégales et mise en place d’un système industriel transparent et durable.
Les observateurs notent que le pays est devenu une cible privilégiée pour les trafics de déchets, en raison de ses ports et de ses zones industrielles. Mais dans le même temps, il cherche à se positionner comme leader régional du recyclage, en s’appuyant sur des projets pilotes et des partenariats internationaux. L’enjeu est double : protéger l’environnement et renforcer la compétitivité économique.
Entre les déchets électroniques dissimulés sous des bâches et les voitures recyclées dans des usines modernes, le pays doit choisir quel visage il veut montrer.



