Boonmee
Bangkok – Nouveau séisme politique. Deux agences dites « indépendantes » – la Commission nationale anticorruption (NACC) et la Commission électorale (EC) – seront officiellement saisies pour enquêter sur les accusations visant Narucha Kosacivilize, directeur général du Département de l’administration provinciale. Il est soupçonné d’avoir ordonné à ses subordonnés de « Do help the Blue » ou « Aidez les Bleus », autrement dit d’aider le parti Bhumjaithai lors de la campagne électorale de février dernier.
Un message compromettant
Selon les députés du People’s Party Chalermpong Saengdee et Wirot Lakkhanaadisorn, Narucha aurait envoyé via l’application Line un message à un haut fonctionnaire de Phuket, Rungruang Thimabut, lui demandant de soutenir les « Bleus ». Dans le jargon politique, cette couleur désigne le Bhumjaithai, pilier de la coalition au pouvoir dirigée en coulisses par Newin Chidchob.
Narucha, considéré comme proche de Newin, aurait multiplié les consignes discrètes, mais illégales à ses équipes pour favoriser la campagne du parti au pouvoir. Résultat : le Bhumjaithai a remporté 192 sièges au Parlement, un record. Ironie du sort, aucun de ses candidats n’a été élu à Phuket, battus par les rivaux du People’s Party et du Klatham.
Déni et soupçons
Le haut fonctionnaire nie en bloc, affirmant que son compte Line aurait pu être utilisé par d’autres. Mais les critiques pointent aussi la composition des agences indépendantes : plusieurs commissaires ont été nommés par des sénateurs réputés loyaux au Bhumjaithai, ce qui jette un doute sur l’impartialité des enquêtes.
Le député Parit Wacharasindhu, figure du People’s Party, a demandé au Premier ministre Anutin Charnvirakul – également ministre de l’Intérieur et chef du Bhumjaithai – de créer une commission multipartite inédite pour examiner ces scandales. Il réclame aussi le transfert de Narucha, qui pourrait sinon être promu.
Anutin rejette toute implication personnelle mais évoque la possibilité d’un comité d’enquête. Une réponse jugée insuffisante par l’opposition, qui dénonce un système verrouillé.
L’EC fragilisée
Parallèlement, la Commission électorale elle-même est secouée. Son secrétaire général, Sawaeng Boonmee, risque la révocation pour n’avoir pas atteint le seuil de 60 % lors de son évaluation annuelle. Le rapport, mené par l’ancien président Ittiporn Boonpracong et trois autres ex‑commissaires, suscite la controverse : avaient‑ils encore le droit légal de participer après avoir quitté leurs fonctions ?
Le dossier doit être examiné mi‑juin par le nouveau conseil de l’EC, présidé par Narong Klunwarin. En attendant, l’incertitude plane sur l’avenir de Sawaeng, déjà critiqué pour son manque de transparence et son allégeance au Bumjaithai. Il est originaire de Buriram où « règne » Newin le fondateur du parti à qui il doit sa carrière.
Une confiance érodée
Ces affaires combinées – soupçons de manipulation électorale et fragilité de l’organe chargé de garantir la régularité du scrutin – alimentent les inquiétudes sur l’état de la démocratie thaïlandaise. L’opposition dénonce un « système bleu » où institutions et agences seraient instrumentalisées au profit du Bhumjaithai et avec la bienveillance de l’establishment qui apprécie Anutin.
Pour les observateurs, l’enjeu dépasse un simple scandale administratif : il s’agit de savoir si les organes censés protéger l’intégrité du processus électoral peuvent encore jouer leur rôle. À défaut, la confiance des citoyens risque de s’effondrer davantage, laissant planer un doute sur la légitimité des prochaines élections.
Enfin, le People’s Party a évalué les 90 premiers jours du président de la Chambre, Sophon Zarum, pointant des retards législatifs. Le député Bhuntin Noumjerm estime que Sophon privilégie les cérémonies et activités symboliques plutôt que le travail parlementaire. En cela, il suit la ligne du parti qui privilégie le statu quo à toute réforme. Sur 147 projets de loi hérités de la précédente législature, seuls 34 ont progressé, et aucun nouveau texte n’a franchi la première lecture. Plus de 30 motions de citoyens et plusieurs rapports d’agences restent en attente, certains datant de 2024. Le PP propose d’ajouter des sessions le vendredi et d’inclure davantage de projets de loi issus des députés et de la société civile.



