
Chiang Rai (Thaïlande) – Chaque année, entre janvier et avril, un épais brouillard toxique recouvre le nord de la Thaïlande. Cette année, Chiang Mai a été la ville la plus polluée du monde pendant plus de deux semaines. En cause : les brûlis agricoles, une pratique répandue chez les riziculteurs pour nettoyer leurs champs. Mais une alternative émerge : des solutions microbiennes capables de décomposer les résidus de récolte sans recourir au feu.
À Chiang Rai, Siriporn et Amnat Taidee ont abandonné « l’ancienne façon de faire ». Leur rizière, désormais traitée avec Soil Digest, une solution à base de bactéries Bacillus, est plus fertile, les rendements ont augmenté et les dépenses en engrais ont diminué. « Le riz pousse très bien et le sol est sain », se réjouit Siriporn.
Une alternative encouragée mais coûteuse
Face à la pollution, Bangkok a renforcé les restrictions sur les brûlis, provoquant des tensions avec les agriculteurs. Pour alléger ce fardeau, les autorités de Chiang Rai encouragent l’usage de produits microbiens. Environ 2.000 riziculteurs ont franchi le pas, sur les 100.000 que compte la province. Mais l’accès reste limité : les stocks publics sont insuffisants et les solutions privées peuvent coûter cher. À Pathum Thani, Samart Atthong a déboursé 1.200 bahts (37 dollars) pour louer un drone et pulvériser Soil Digest. « Sur le long terme, nous aurons besoin de moins d’engrais », explique-t-il, convaincu que l’investissement sera rentable.
Une technologie prometteuse
Le chercheur Wichien Yongmanitchai, à l’origine de Soil Digest, a isolé des souches locales de bactéries pour accélérer la décomposition de la paille. Sans traitement, celle-ci met près d’un mois à se ramollir ; avec sa solution, cinq à sept jours suffisent. Les premiers essais montrent des hausses de rendement de 20 % et une réduction des émissions de méthane d’au moins 20 %.
Pas de solution unique
Les experts saluent une innovation prometteuse, mais préviennent : elle ne suffira pas à elle seule. Pour Nipon Poapongsakorn, spécialiste des politiques agricoles, il faut conditionner les aides à l’arrêt des brûlis, tout en facilitant l’accès aux machines et à la formation. Car si les micro-organismes offrent une alternative crédible, la transition vers une agriculture durable exige un changement systémique.
En attendant, les pionniers comme les Taidee montrent la voie : remplacer le feu par des bactéries pourrait bien transformer les rizières thaïlandaises et réduire un fléau environnemental qui étouffe chaque année des millions de personnes.
Outre les bactéries, d’autres systèmes existent pour remplacer le trivial incendie de champs.



