Le TGV restera-t-il une chimère ?
C’est l’un des plus grands fiascos d’infrastructure de la Thaïlande moderne. Sept ans après la signature en grande pompe du contrat de la future ligne ferroviaire à grande vitesse reliant les aéroports de Don Mueang, Suvarnabhumi et U-Tapao, le projet est à l’arrêt. Et désormais, l’affaire se poursuit devant les tribunaux.
La Société nationale des chemins de fer thaïlandais (SRT) a saisi le Tribunal administratif central pour réclamer 13,3 milliards de bahts au consortium Asia Era One, conduit par le conglomérat Charoen Pokphand (CP), l’un des groupes les plus puissants du royaume.
Au cœur du litige figure une somme de 10,67 milliards de bahts que le consortium s’était engagé à verser dans le cadre du contrat signé en octobre 2019. Cette participation financière devait être réglée au plus tard le 24 octobre 2021. Selon la SRT, le paiement n’a jamais été effectué. Avec les intérêts accumulés depuis cette date, la facture atteint désormais 13,3 milliards de bahts.
Le dossier est particulièrement sensible car la ligne de 220 kilomètres devait devenir l’un des projets phares du Corridor économique oriental (EEC), vaste programme destiné à transformer la côte est du pays en moteur de croissance régionale. À l’époque, les autorités promettaient une mise en service dès 2023.
Trois ans plus tard, les promesses se sont envolées. Aucun chantier majeur n’a réellement démarré et les prévisions les plus optimistes évoquent désormais une éventuelle ouverture entre 2031 et 2032, à condition que le projet survive aux multiples contentieux en cours.
Le consortium Asia Era One regroupe plusieurs poids lourds économiques. CP détient plus de 87 % du capital, aux côtés de Bangkok Expressway and Metro (BEM), du géant chinois China Railway Construction Corporation et du groupe Italian-Thai Development.
Depuis plusieurs années, les relations entre l’État et le consortium se sont progressivement dégradées. La pandémie de Covid-19, les difficultés d’acquisition foncière, les problèmes de financement et les désaccords contractuels ont retardé le projet. Entre-temps, les banques se seraient montrées beaucoup plus prudentes quant à sa rentabilité future.
Asia Era One cherche aujourd’hui à quitter l’aventure, estimant que les conditions économiques ne permettent plus de mener le projet à son terme. La SRT refuse cette interprétation et considère que le consortium demeure lié par ses obligations contractuelles.
L’organisme public réclame également deux milliards de bahts supplémentaires auprès des banques garantes du projet, Bangkok Bank et Siam Commercial Bank, qui avaient chacune fourni une garantie d’un milliard de bahts.
Cette procédure judiciaire intervient à un moment paradoxal. Alors même que la Thaïlande tente de renforcer sa coopération ferroviaire avec la Chine et le Laos pour développer les liaisons régionales, son projet ferroviaire le plus emblématique se retrouve enlisé dans une bataille juridique. Une situation embarrassante pour Bangkok, qui espérait faire de cette ligne à grande vitesse la vitrine de sa modernisation des transports.



