Moo Sorong
La Thaïlande veut transformer son patrimoine culinaire en moteur économique. Le gouvernement a présenté mercredi son projet “The Lost Taste”, destiné à relancer et commercialiser 231 plats traditionnels oubliés. L’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de “Living Heritage”, visant à préserver les savoir‑faire locaux tout en stimulant le tourisme régional.
Des recettes rares mises en lumière
Ces plats, souvent menacés par l’urbanisation et la modernisation, reflètent l’identité culturelle des différentes régions du pays. On y retrouve par exemple le Khao Soi Udon, la soupe de nouilles au curry du Nord en version Udon, le Larb Pla Kang, salade épicée de poisson du Mékong en Isan, ou encore le Kaeng Tai Pla, curry de poisson fermenté du Sud. Le Moo Sorong, qui illustre cet article, se prépare en mélangeant du porc haché avec des épices, puis en l’enveloppant de vermicelles de riz pour former une boulette avant de la faire frire. Le résultat obtenu ressemble à une balle de sepak takraw, en miniature. Le Moo Sorong est issu de la tradition de Bangkok – Ratanakosin et n’en est pas moins oublié.
Chaque recette incarne des ingrédients indigènes, des techniques de cuisson ancestrales et des histoires communautaires.
Un label pour garantir l’authenticité
Pour encadrer la commercialisation, le Département de la promotion culturelle a créé le label Thailand Best Local Food. Deux niveaux d’accréditation seront proposés :
- Classic, réservé aux établissements qui respectent strictement les recettes et méthodes traditionnelles.
- Creative + Innovation, destiné aux adaptations modernes qui conservent l’essence culturelle tout en séduisant un public contemporain.
Ce système a été conçu avec l’aide de sept experts culinaires et d’enquêtes menées auprès de 400 consommateurs.
Un projet pilote dès septembre
Cinq restaurants serviront de modèles pour tester le concept. Dès septembre 2026, ils proposeront un menu spécial baptisé “The Lost Taste Special Course”, accompagné d’une campagne de promotion intitulée “5 Series, 5 Restaurants”. L’objectif est d’attirer les voyageurs vers des expériences gastronomiques inédites dans les provinces rurales.
La gastronomie comme soft power
La Thaïlande figure déjà dans le top 10 mondial du soft power culinaire, selon l’indice Global Soft Power 2026 de Brand Finance. Le pays est classé 7e pour la catégorie “Food the World Loves” et 12e comme “Great Place to Visit”. Le gouvernement veut capitaliser sur cette réputation pour accroître les dépenses touristiques, encourager l’entrepreneuriat local et inciter les jeunes générations à préserver les savoir‑faire culinaires.
Entre patrimoine et économie
Pour Lalida Persvivatana, porte‑parole adjointe du gouvernement, “derrière chaque plat se cachent des ingrédients natifs, des techniques de cuisson et des histoires de communautés”. Le projet ne se limite donc pas à l’archivage : il vise à créer un véritable écosystème commercial autour de ces recettes.
En somme, la Thaïlande entend faire de ses 231 plats oubliés un atout économique et culturel, reliant traditions locales et tourisme international. Une manière de prouver que la mémoire des saveurs peut aussi être un levier de croissance.



