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Des serveurs de restaurant sont étrangers en Thaïlande. Est-ce commode ? Et légal ?

Geo Valin 13 Août 2026
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Dans les rues de Bangkok, les restaurants ne désemplissent pas. Pourtant, derrière les cuisines et les salles bondées, un problème persistant mine le secteur : la pénurie de main‑d’œuvre locale. Beaucoup de Thaïlandais refusent ces emplois jugés fatigants et peu valorisés. Résultat, les restaurateurs se tournent vers les travailleurs migrants, principalement venus de Birmanie et du Laos.

Le débat a refait surface après le témoignage d’un client, relayé sur les réseaux sociaux, qui racontait avoir été servi par une employée étrangère parlant thaï, alors que la majorité du personnel ne maîtrisait pas la langue. Pour certains, commander en thaï est une évidence. Pour d’autres, l’essentiel est que le service fonctionne, peu importe la nationalité du serveur.

Deux voix du secteur se sont exprimées.
Chanon Koetcharoen, président de la Restaurant Association, reconnaît que sans migrants, de nombreux établissements ne pourraient pas tourner. Selon lui, les buffets de moo krata ou de shabu shabu, très gourmands en main‑d’œuvre, reposent largement sur ces travailleurs. Il estime qu’une hausse du salaire minimum pourrait attirer davantage de Thaïlandais, mais cela ferait grimper les prix des menus.

Même constat pour Thaniwan Kulmongkol, présidente de la Thai Restaurant Association. Elle souligne que les Thaïlandais voient la restauration comme trop pénible et préfèrent s’en détourner. Elle appelle les employeurs, qu’ils embauchent des Thaïlandais ou des migrants, à respecter les règles sanitaires, notamment l’obtention du Food Handler Certificate.

Un vide juridique préoccupant
Le problème est que cette réalité économique se heurte à la loi. L’Alien Employment Act interdit aux étrangers d’exercer certains métiers réservés aux nationaux, dont le service en salle et la manipulation directe d’argent. Autrement dit, servir à table ou encaisser un client est en principe illégal pour un travailleur migrant. Pourtant, dans la pratique, des milliers de restaurants confient ces tâches à des employés étrangers, souvent enregistrés sous des intitulés de poste différents, comme “aide de cuisine”.

Cette contradiction crée une zone grise. Les restaurateurs risquent des sanctions en cas de contrôle, tandis que les travailleurs restent vulnérables, sans protection claire. Les autorités ferment souvent les yeux, conscientes que sans migrants, le secteur s’effondrerait.

Vers une réforme nécessaire
La Thaïlande doit adapter sa législation. Autoriser officiellement les migrants à occuper des postes de service, sous réserve d’un permis de travail spécifique et de règles strictes, permettrait de sécuriser le secteur. Les consommateurs auraient l’assurance que le personnel est déclaré et formé, les employeurs éviteraient les contournements, et les travailleurs bénéficieraient de droits clairs.

Le pays a déjà reconnu le rôle des migrants dans l’agriculture et la construction. Pourquoi ne pas appliquer la même logique à la restauration, pilier de l’économie touristique ? Bangkok attire des millions de visiteurs chaque année, et la crédibilité du système repose autant sur la qualité des plats que sur la transparence des pratiques.

Aujourd’hui, la réalité est simple : sans migrants, les restaurants thaïlandais ne fonctionneraient pas. Mais sans réforme, ces mêmes travailleurs continueront d’opérer dans l’ombre, entre tolérance tacite et illégalité. La loi doit évoluer pour refléter ce qui se passe déjà chaque jour dans les salles à manger du pays.

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