
Les pluies diluviennes de fin septembre ont plongé Bangkok et plusieurs provinces dans une crise aux conséquences économiques encore difficiles à cerner. Deux institutions majeures livrent des évaluations très différentes : 25,3 milliards de bahts de pertes selon les premières estimations relayées par la CIMB Thai Bank, contre 12,283 milliards de bahts calculés par le Centre de prévisions économiques de l’Université de la Chambre de commerce thaïlandaise (UTCC).
Des chiffres qui varient selon la méthodologie
La CIMB Thai Bank s’appuie sur une projection rapide, intégrant l’impact direct sur les entreprises, la consommation et le tourisme. Elle estime que la capitale concentre l’essentiel des pertes, avec des secteurs clés fragilisés et une confiance immobilière en berne. Les analystes évoquent même un risque de pertes pouvant grimper à 40 milliards de bahts si les pluies persistent. À l’inverse, l’UTCC fonde son calcul sur cinq jours d’inondations (25‑29 septembre) dans 27 provinces. Son estimation, plus prudente, représente 0,066 % du PIB annuel et se situe dans une fourchette de 5,8 à 20,6 milliards de bahts. Elle exclut toutefois les dommages matériels (maisons, véhicules, stocks, récoltes), qui seront évalués après la décrue.
Bangkok et l’Est en première ligne
Les deux études s’accordent sur un point : Bangkok paie le prix fort. Pour l’UTCC, la capitale concentre 57 % des pertes (7 milliards), suivie par l’Est (près de 3 milliards), notamment Chon Buri où l’eau a atteint un mètre à Pattaya. Les provinces voisines de Bangkok (Samut Prakan, Pathum Thani, Nonthaburi, Nakhon Pathom) totalisent 1,8 milliard. Les secteurs les plus touchés restent la consommation, le tourisme et les services : baisse des dépenses dans les commerces, annulations de voyages, restaurants désertés. Les transports sont perturbés, compliquant la livraison de biens et les déplacements des salariés.
Impact limité mais pressions accrues
Contrairement à la catastrophe de 2011, les usines n’ont pas cessé leurs activités, mais la logistique et la mobilité des travailleurs sont affectées. L’inflation reste maîtrisée, malgré une hausse des prix des légumes à l’approche du Festival végétarien. Dans le bassin du Chao Phraya, les cultures proches de la récolte sont menacées, ce qui pourrait accentuer les pertes agricoles. L’UTCC estime que les dégâts représentent 0,26 % du PIB du troisième trimestre, accentuant la pression sur une croissance déjà ralentie (2,8 % au T1, 1,9 % au T2).
Trois mesures proposées
Pour amortir le choc, l’UTCC recommande trois actions :
- aides rapides aux travailleurs informels et petites entreprises (moratoires, prêts),
- meilleure gestion du bassin du Chao Phraya pour protéger agriculture et zones industrielles,
- suivi strict des prix des biens essentiels et investissements dans le drainage de Bangkok.
Une crise révélatrice
Ces divergences d’estimations illustrent la difficulté à mesurer l’impact réel d’une catastrophe en cours. Entre projections alarmistes et calculs prudents, l’économie thaïlandaise reste sous tension. Si les eaux se retirent vite, le choc pourrait être absorbé. Mais un prolongement des inondations ferait peser une menace sérieuse sur la reprise et sur la confiance des ménages comme des investisseurs.



