
Chanthaburi (Thaïlande) — La construction de la clôture le long de la frontière thaïlando‑cambodgienne avance à grands pas. Selon l’armée thaïlandaise, 45 % du projet est déjà réalisé, malgré les critiques sur les “vides” visibles dans certaines sections. Les autorités assurent qu’il ne s’agit que de passages temporaires, liés aux procédures de la Commission mixte des frontières (JBC), et qu’ils seront refermés une fois les travaux achevés.
Une inspection parlementaire
Le comité parlementaire chargé de la sécurité et des affaires frontalières s’est rendu sur le site de Pong Nam Ron, dans la province de Chanthaburi. Les responsables militaires ont rappelé que la construction se fait en toute transparence : des représentants cambodgiens sont invités à observer chaque étape. La première phase couvre 1,3 km entre les bornes 52 et 54, tandis que la seconde doit s’étendre jusqu’à la borne 59, soit environ 7 km supplémentaires. Il ne s’agit que d’une portion minime d’une frontière longue de 817 kilomètres ; cette clôture apparaît davantage comme une opération de communication que comme une véritable solution.
Des bornes héritées de l’histoire
Au‑delà du béton et des barbelés, les bornes frontalières racontent une histoire vieille de plus d’un siècle. Sur certaines d’entre elles, on peut encore lire le mot « frontière » gravé en français, vestige des accords coloniaux conclus au début du XXe siècle. En 120 ans, ces pierres ont pu être déplacées, volontairement ou non, par l’un ou l’autre camp. Ce détail alimente aujourd’hui les soupçons et les tensions, chaque pays craignant que l’autre n’ait modifié la ligne à son avantage.
Un projet financé par fonds privés
La clôture, haute de 4,3 mètres, est financée par le Hathaitip Fund et construite par le génie de l’armée. Elle doit renforcer la sécurité dans une zone sensible où tous les points de passage officiels sont actuellement fermés. Les militaires insistent : il ne s’agit pas d’une action unilatérale, mais d’un projet mené dans le cadre des accords existants.
Des tensions persistantes
Lors de l’inspection, les parlementaires ont aussi évoqué le cas du canal de Khlong Takhian, dans la zone dite “K. Kai”. En 2020, environ trois rai de terres avaient été coupés par un déplacement du cours d’eau. La Thaïlande avait dénoncé une modification artificielle, tandis que Phnom Penh parlait d’un phénomène naturel. Depuis, les forces thaïlandaises et les habitants ont comblé le canal avec des centaines de camions de terre et hissé le drapeau national sur la zone. Trois rai équivalent à un demi‑hectare ; que cette parcelle minuscule devienne un sujet de discorde illustre la sensibilité exacerbée des acteurs autour de la frontière.



