
Dans Khaosod en anglais, le journaliste Pravit Rojanaphruk, reconnu internationalement et sans doute le meilleur observateur de son pays, estime que la Thaïlande risque d’entrer dans une nouvelle « décennie perdue », après celle ouverte par le coup d’État de Prayut Chan‑o‑cha en 2014. Selon lui, le pays est aujourd’hui en 2026 confronté à une stagnation économique et à une perte de compétitivité inquiétante.
Il rappelle que la croissance du deuxième trimestre n’a atteint que 1,9 %, la plus faible des grandes économies de l’ASEAN. Le tourisme recule, contrairement au Vietnam ou au Japon. L’industrie automobile, pilier de l’économie, est fragilisée : Toyota dénonce un avantage de 30 à 40 % pour les véhicules électriques chinois importés, tandis que l’Indonésie tente d’attirer les constructeurs japonais avec des incitations fiscales. Bangkok n’a réagi qu’après les plaintes des industriels, preuve selon Pravit d’un manque de stratégie.
Il souligne aussi l’obsession nationaliste envers le Cambodge. La fermeture prolongée de la frontière a entraîné la fermeture d’usines, y compris thaïlandaises, mais certains s’en réjouissent. Pour Pravit, cette attitude ignore les conséquences sociales et économiques, et réduit le voisin cambodgien à un ennemi permanent.
Autre symptôme : l’incapacité à prévenir les catastrophes naturelles. À Nan, les inondations récurrentes auraient pu être évitées par un canal de dérivation, proposé des dizaines de fois par l’ancien vice‑Premier ministre Plodprasop Suraswadi. Pourtant, les autorités n’ont jamais agi.
Au‑delà de l’économie, Pravit décrit une société sans projet collectif. Les jeunes diplômés cherchent des opportunités à l’étranger. Aucun débat sérieux n’existe sur la sortie du « piège du revenu intermédiaire », sur l’avenir du tourisme, les énergies renouvelables ou même la sécurité routière. La politique reste dominée par les querelles partisanes, l’opposition préférant affaiblir le gouvernement que définir des objectifs communs.
Il note enfin la montée de la xénophobie, avec des milices civiles ou groupes de surveillance autoproclamés traquant les migrants et affichant leurs « exploits » sur les réseaux sociaux. Pour Pravit, tout cela illustre un pays en désordre, incapable de se fixer une vision.
Sa conclusion est sévère : après une première décennie perdue, la Thaïlande risque d’en vivre une seconde. Sans but partagé, elle dérive, prisonnière de ses rivalités et de ses crises. En cela, la France et la Thaïlande sont bien des sœurs… presque siamoises.



