
La décision de la Commission nationale anticorruption (NACC) de rejeter une plainte visant l’ancien ministre des Transports Saksayam Chidchob relance le débat sur l’impartialité des institutions thaïlandaises. Saksayam, figure du parti Bhumjai Thai et frère de Newin Chidchob — considéré comme le stratège occulte du mouvement — avait été écarté du gouvernement en 2024 par la Cour constitutionnelle pour avoir dissimulé des parts dans une entreprise de construction via un prête‑nom.
Rappel de l’affaire somme toute assez claire :
La Cour avait jugé que les transactions financières liées à Burijarearn Construction n’étaient qu’une façade et que Saksayam restait le véritable bénéficiaire des actions, en violation des règles éthiques imposées aux ministres. Cette décision avait entraîné sa destitution. Pourtant, la NACC a estimé que les preuves ne suffisaient pas à démontrer une intention délibérée de falsification dans ses déclarations d’actifs et de passifs, et a donc classé l’affaire.
Ce contraste alimente les accusations de “double standards”. Des observateurs rappellent que des responsables politiques ont déjà été sanctionnés pour des montants bien moindres, comme Chuwit Kamolvisit, condamné pour ne pas avoir déclaré 100 000 bahts de parts. L’affaire Saksayam, elle, est perçue comme un test grandeur nature de la crédibilité des organes « indépendants ».
Même Jaran Pukditanakul, ancien juge de la Cour constitutionnelle, a rappelé que les décisions de cette juridiction sont contraignantes pour toutes les agences, puisqu’il n’existe pas d’instance supérieure en Thaïlande. La question est donc de savoir comment la NACC peut ignorer un verdict déjà rendu.
Le Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Anutin Charnvirakul, lui‑même issu du Bhumjai Thai, a refusé de commenter. Interrogé par les journalistes après une réunion, il s’est contenté d’éluder : « Nous avons convenu de ne pas faire d’interviews en marchant », avant de quitter les lieux. Une attitude qui nourrit les critiques, notamment de la part du People’s Party, qui dénonce une justice à deux vitesses, surtout en comparaison avec les poursuites engagées contre 44 anciens députés du Move Forward.
Des voix réclament désormais plus de transparence. Certains juristes estiment que les dossiers de l’enquête devraient être rendus publics en vertu de la loi sur l’information officielle, une fois la procédure close. Cela permettrait de vérifier si la NACC a respecté les standards de preuve établis par la Cour constitutionnelle, tout en protégeant les témoins.
Au‑delà du cas individuel de Saksayam, c’est la confiance dans les institutions anticorruption qui est en jeu. La polémique illustre la fragilité de l’équilibre entre pouvoir politique et organes de contrôle, et pose une question centrale : les agences dites “indépendantes” peuvent‑elles encore convaincre l’opinion qu’elles appliquent la loi sans distinction ?
La question corollaire que se posent tous les Thaïlandais s’énonce ainsi « Est-ce que la famille Chidchob bénéficie d’une impunité systémique ? ».
Le Bhumjaithai de Newin Chidchob, soupçonné par la police d’avoir fraudé lors des élections sénatoriales, semble désormais contrôler tous les leviers du pouvoir en Thaïlande. Car c’est ce Sénat qui désigne les membres des principales institutions du pays : Cour suprême, Cour constitutionnelle, Commission nationale anticorruption (NACC), entre autres.



