Anutin interpellé par les producteurs
La crise agricole s’aggrave en Thaïlande. Dans l’hémicycle, le député du People’s Party Laofang Bundidterdsakul a tiré la sonnette d’alarme : les mangues se vendent désormais à moins d’un baht l’unité, soit moins cher que les sacs de protection utilisés pour les recouvrir, facturés 2,5 bahts. Résultat, certains producteurs n’ont d’autre choix que d’abattre leurs arbres pour limiter les pertes.
Le parlementaire a rappelé que d’autres cultures essentielles — oignons, choux, pommes de terre ou encore ail — connaissent elles aussi une chute brutale des prix depuis le début de l’année 2026. Dans le même temps, les coûts du carburant et des engrais continuent de grimper, étranglant les exploitations. Selon lui, la crise ne s’explique pas seulement par les forces du marché, mais aussi par une régulation insuffisante, des normes floues et des importations excessives.
Les aides gouvernementales sont jugées dérisoires. À Phitsanulok, un programme d’achat de 30 tonnes de mangues à un prix légèrement supérieur n’a couvert qu’une infime partie de la production et des pertes. Les conséquences sociales sont déjà visibles : certains enfants de fermiers doivent reporter leurs études universitaires faute de moyens.
Laofang propose une réponse en trois étapes : un soutien financier immédiat, des mesures à moyen terme pour réduire les coûts grâce aux technologies et aux subventions, et enfin des réformes structurelles pour garantir des revenus agricoles durables.
La colère des producteurs ne se limite pas aux mangues. À Prachuap Khiri Khan, des cultivateurs de noix de coco ont interpellé directement le Premier ministre Anutin Charnvirakul dans un restaurant en bord de mer. Ils dénoncent un prix de vente tombé à 7 bahts par fruit, soit en dessous des coûts de production. Après récolte et transport, les revenus nets chutent à environ 4 bahts par noix de coco.
Les agriculteurs pointent du doigt les importations massives : plus de 46 000 tonnes de noix de coco ont été introduites en Thaïlande depuis le début de l’année, accentuant la surabondance et tirant les prix vers le bas. Ils réclament la suspension immédiate des importations et une révision de l’équilibre entre offre et demande avant toute nouvelle livraison. Attention, il ne s’agirait pas de fruits, mais de flocons de cocos séchés arrivant des Philippines, du Vietnam et d’Indonésie. Quoi qu’il en soit, ces importations prennent le pas sur les produits locaux.
Face à cette pression, Anutin a promis de confier le dossier à un ministre, comme il le fait souvent. Ici, l’homme de la situation est le ministre du Commerce Suphajee Suthumpun. Mais pour les producteurs, l’urgence est réelle : sans action rapide, la chute des prix risque de transformer la crise agricole en véritable désastre social.



