
Bangkok – Un ministre du gouvernement thaïlandais a engagé des poursuites pour diffamation contre deux journalistes de l’Isaan Record, relançant les inquiétudes sur la liberté de la presse dans le pays.
Le 27 février, Suchart Chomklin, ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement, a déposé une plainte contre Hathairat Phaholtap, rédactrice en chef du média, en raison de publications sur Facebook évoquant un rapport liant des responsables politiques thaïlandais à un trafic de cueilleurs de baies envoyés en Finlande. Quelques jours plus tard, il a également poursuivi Kowit Phothisan, un autre éditeur, pour avoir partagé ces publications.
Le ministre estime que les messages ont pu laisser croire qu’il était directement impliqué. Il réclame 50 millions de bahts (environ 1,6 million de dollars) de dommages et intérêts à Hathairat, et 1 million de bahts (31 000 dollars) à Kowit.
Ces plaintes s’ajoutent à une autre procédure déposée par Suchart en janvier contre des responsables du ministère de la Justice, après des déclarations publiques suggérant son implication dans un système de pots‑de‑vin lié à l’envoi de travailleurs thaïlandais en Finlande entre 2020 et 2023. La Commission nationale anticorruption examine actuellement ces accusations.
L’ensemble de la presse thaïlandaise, en thaï, en anglais, mais aussi notre site, a évoqué ces affaires.
Le 1er avril, la Commission nationale des droits de l’homme de Thaïlande a exprimé ses préoccupations face à la multiplication des actions en justice stratégiques visant à réduire la participation publique (SLAPP). Elle a appelé à l’adoption d’une loi anti‑SLAPP pour protéger les défenseurs des droits humains, les citoyens et les journalistes.
Lors de son examen périodique universel en 2021 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Thaïlande avait accepté plusieurs recommandations sur la liberté d’expression et l’abus des procédures judiciaires, mais celles‑ci n’ont pas été mises en œuvre.
Les organisations de défense des droits humains estiment que ces poursuites visent à intimider et à décourager les médias et la société civile de dénoncer la corruption et les violations des droits. Elles rappellent que de telles pratiques compromettent le droit à la liberté d’expression garanti par la Constitution thaïlandaise et par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.
Le prochain examen de la situation des droits humains en Thaïlande par le Conseil des droits de l’homme est prévu pour novembre.



