Chaichanok
Le ministre de l’Économie numérique et de la Société, Chaichanok Chidchob, a défendu devant le Parlement le projet TH‑AI Passport, doté d’un budget de 1,6 milliard de bahts. Selon lui, il s’agit d’un investissement stratégique pour éviter que la Thaïlande ne prenne du retard dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.
Un accès massif aux outils premium
Le programme prévoit l’achat de 12 modèles d’IA afin de fournir à 5 millions de citoyens un abonnement d’un an à des plateformes professionnelles. Les coûts mensuels de ces services, estimés entre 700 et 1 000 bahts, restent inaccessibles pour la majorité des Thaïlandais, notamment les étudiants. L’État entend donc démocratiser l’accès et porter le taux de diffusion de l’IA de 10,7 % à 23 %, au‑delà de la moyenne mondiale (16,3 %).
Comparaison régionale
Chaichanok souligne que plusieurs pays subventionnent massivement l’IA. Singapour, par exemple, consacre plus de 27 milliards de bahts à des programmes d’accès et de formation, soit environ 900 bahts par personne et par an. En comparaison, le TH‑AI Passport coûterait seulement 324 bahts par utilisateur, soit 27 bahts par mois. Le ministre insiste : ce n’est pas un « cadeau gratuit », mais un investissement pour renforcer la main‑d’œuvre numérique et la compétitivité nationale.
Formation et protection des données
Le projet inclut des cours pratiques en partenariat avec Google, Microsoft et OpenAI pour développer les compétences des utilisateurs. Sur la question sensible de la sécurité, Chaichanok assure que les données resteront stockées en Thaïlande, sur des serveurs cloud locaux, et ne seront pas utilisées pour entraîner les modèles. L’authentification servira uniquement à vérifier l’éligibilité des citoyens, sans transmission d’informations personnelles aux fournisseurs.
Procédure contestée
L’opposition, menée par la députée Rukchanok Srinork et son collègue Pawoot Pongvitayapanu, dénonce un processus précipité et opaque. L’appel d’offres n’a duré que 34 jours, contre les 3 à 6 mois habituels pour un projet de cette ampleur. Pawoot accuse le ministère d’avoir fixé des critères favorisant certains soumissionnaires, notamment l’obligation de diffuser la campagne via des écrans numériques contrôlés par un seul groupe médiatique. Il évoque un schéma de collusion récurrent dans les projets liés au parti Bhumjaithai et à « la clique de Buriram ».
Certains s’interrogent : le véritable objectif du projet est‑il de démocratiser l’usage de l’IA en Thaïlande, ou bien d’offrir une rente à des entreprises proches du pouvoir ?
Une bataille de crédibilité
Chaichanok, fils de Newin, fondateur – patron de facto du Bumjaithai et « Prince de Buriram », rétorque que toutes les étapes ont respecté les procédures légales et que le projet est ouvert à la vérification. Pour lui, l’enjeu dépasse les querelles politiques : il s’agit de donner aux Thaïlandais les moyens de participer pleinement à l’économie numérique mondiale.



