La collaboration entre les établissements BDMS et Oman existe déjà
Certains analystes thaïlandais présentent les tensions au Moyen-Orient comme une opportunité : attirer capitaux et talents arabes en quête de stabilité. Mais à y regarder de plus près, cette perspective relève surtout du vœu pieux.
Santitarn Sathirathai, ancien membre du comité de politique monétaire, évoque une “opportunité dorée” pour le royaume. L’idée : transformer les flux de touristes médicaux arabes en résidents longue durée et convertir leurs séjours en investissements durables. Des voix du secteur privé, comme Kongkiat Kespechara de BDMS, plaident pour des zones économiques spéciales afin d’attirer les individus fortunés.
En pratique, les élites arabes privilégient des destinations plus proches culturellement et géographiquement, comme Dubaï, Doha ou Kuala Lumpur. La Thaïlande reste davantage perçue comme une destination de vacances ou de soins médicaux que comme un lieu d’installation durable. L’Association des sociétés de gestion d’investissement (AIMC) propose aussi de mobiliser les expatriés déjà présents en Thaïlande – environ 500 000 personnes – mais rien ne garantit qu’ils souhaitent investir massivement dans les marchés locaux.
Et surtout, le contexte international complique la donne. Selon un article publié à Singapour, la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué une flambée des prix du pétrole, proche de 100 dollars le baril. La Thaïlande, qui dépend du Moyen-Orient pour près de la moitié de son pétrole et gaz, est particulièrement exposée. Résultat : après un regain d’optimisme en février, les investisseurs étrangers ont retiré plus de 1,5 milliard de dollars des marchés thaïlandais en mars. La hausse des coûts de l’énergie menace directement la consommation, les exportations et le tourisme, piliers de l’économie nationale.
Avec une dette publique proche de son plafond de 70 % du PIB et une croissance faible (2,4 % en 2025), Bangkok n’a que peu de marges de manœuvre. La Banque centrale est coincée : relever les taux risquerait d’étouffer la reprise, les baisser accentuerait la pression sur la monnaie. Le baht, déjà en recul, sert de soupape, mais reste vulnérable.
En résumé, la Thaïlande dispose d’atouts indéniables – santé, infrastructures, coût de vie – mais l’idée d’un afflux massif de fortunes arabes relève pour l’instant de la spéculation. Dans un contexte de choc énergétique et de fragilité économique, le royaume doit d’abord convaincre les investisseurs de rester. Sans cela, les promesses d’un “refuge sûr” pour les capitaux arabes resteront un mirage.



