
Le gouvernement thaïlandais envisage de relever la taxe d’entrée pour les visiteurs étrangers, initialement fixée à 300 bahts, afin de financer une couverture d’assurance « premium » dans les hôpitaux privés. Le ministre du Tourisme et des Sports, Surasak Phancharoenworakul, a justifié cette hausse par l’inflation et par le coût croissant des soins. Mais derrière l’argument médical, la communication officielle tend à pointer du doigt les étrangers, accusés de laisser des factures impayées dans les hôpitaux.
Une somme qui interroge
Les autorités évoquent désormais un montant de 2,5 milliards de bahts par an de frais médicaux non réglés par des touristes. Ce chiffre, bien supérieur aux estimations précédentes, mérite d’être relativisé. Rapporté aux 35 millions de visiteurs accueillis en 2025, il représente environ 70 bahts par personne, soit moins de deux euros. Une somme dérisoire au regard du prix moyen d’un séjour en Thaïlande. Autrement dit, même si ce chiffre était exact, il ne justifie pas à lui seul l’instauration d’une taxe obligatoire pour tous les voyageurs.
Un objectif plus large que la santé
La taxe touristique, proposée dès 2020 mais jamais mise en œuvre, est censée financer l’assurance des visiteurs et l’entretien des sites. Mais les opérateurs du secteur soulignent, à l’avance, le manque de transparence sur l’utilisation réelle des fonds. Les hôpitaux privés, déjà bénéficiaires de tarifs élevés, ne sont pas les seuls concernés : une partie des recettes pourrait être affectée à des projets d’infrastructures ou à des programmes de promotion touristique. Le président de l’Association des hôtels thaïlandais, Thienprasit Chaiyapatranun, a rappelé que les professionnels n’étaient pas opposés à une taxe, à condition que les autorités précisent clairement quels projets seraient financés.
Un climat de méfiance
La communication gouvernementale, en insistant sur les “dettes médicales” des étrangers, risque de nourrir un sentiment de culpabilisation. Or, la majorité des touristes paient leurs soins, souvent via des assurances voyage. Les cas de factures impayées existent, mais ils ne représentent qu’une fraction marginale des dépenses globales du système de santé et sont dus au refus par les assurances occidentales de prendre en charge les accidents de scooter. En réalité, la taxe apparaît davantage comme un outil budgétaire et politique, destiné à diversifier les sources de financement du tourisme et à compenser la baisse des recettes publiques.
Un contexte de durcissement
Cette annonce intervient au lendemain de la décision de réduire les exemptions de visa de 60 à 30 jours pour 93 pays. Le gouvernement justifie ces mesures par la nécessité de mieux contrôler les flux et de limiter les abus. Mais pour les professionnels, l’accumulation de nouvelles contraintes – hausse des frais aéroportuaires, projet de taxe de sortie pour les Thaïlandais, et désormais taxe d’entrée pour les étrangers – risque de fragiliser l’attractivité du pays.
Un débat de fond
La question n’est pas de savoir si les touristes doivent contribuer au financement des infrastructures qu’ils utilisent, mais de garantir que cette contribution soit équitable, transparente et proportionnée. La taxe touristique, qu’elle soit de 300 ou 400 bahts, poursuit en réalité un objectif plus large : sécuriser des recettes pérennes pour un secteur clé de l’économie thaïlandaise.
La méthode de collecte de cette taxe soulève aussi des interrogations. Si les visiteurs doivent s’en acquitter en remplissant le formulaire d’entrée obligatoire (TDAC), l’opération risque d’être mal perçue. En revanche, intégrée directement au prix du billet d’avion, la contribution devient quasi invisible et donc beaucoup plus acceptable pour les voyageurs, qu’elle atteigne 400 ou 500 bahts ou reste au niveau de 300 bahts.



