
La tension diplomatique entre la Russie et la Thaïlande s’est invitée dans le domaine du tourisme. Vendredi, Moscou a mis en garde ses ressortissants contre tout déplacement vers le royaume, y compris pour des escales, en raison du risque d’arrestation à la demande de Washington. Une alerte qui a immédiatement suscité une réaction du ministère thaïlandais des Affaires étrangères, affirmant que le pays reste « sûr et accueillant pour tous les visiteurs ».
Moscou dénonce une « chasse aux Russes »
Dans son communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères a exhorté ses citoyens à éviter la Thaïlande s’ils ont « la moindre raison » de craindre des poursuites américaines. Il accuse les services de renseignement américains de mener des opérations clandestines contre des ressortissants russes, en contournant les autorités locales. La Thaïlande est décrite comme l’un des principaux terrains de cette « chasse ».
Cette mise en garde intervient après l’arrestation en novembre dernier de Denis Obrezko, un hacker présumé, extradé vers les États‑Unis où il a comparu devant la justice. Moscou relie cette intensification des arrestations aux sanctions américaines imposées depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.
En réalité, seuls les ressortissants russes visés par un mandat d’arrêt international courent un risque en Thaïlande. Pour l’immense majorité des touristes, la situation ne pose aucun problème. L’avertissement de Moscou apparaît donc largement disproportionné.
Bangkok défend son image
Dimanche, Panidol Patchisawat, porte‑parole adjoint du ministère thaïlandais des Affaires étrangères, a répliqué en soulignant la solidité des relations bilatérales et rappelant que les deux pays fêteront 130 ans de liens diplomatiques en 2027. Il a insisté : « La Thaïlande est un pays accueillant et sûr pour tous les touristes, quelle que soit leur nationalité. »
Les chiffres confirment l’importance du marché russe : près de 1,9 million de visiteurs russes ont séjourné en Thaïlande en 2025, soit le contingent le plus important en provenance d’Europe. L’Association des tour‑opérateurs de Russie a d’ailleurs indiqué n’avoir constaté aucun cas d’arrestation de vacanciers, tout en conseillant aux personnes exposées à des poursuites de suivre les recommandations officielles.
Une relation sous surveillance
La Thaïlande est liée aux États‑Unis par un traité d’extradition bilatéral, ce qui explique la sensibilité du dossier. Bangkok doit jongler entre ses obligations juridiques et la nécessité de préserver une clientèle touristique essentielle à son économie. La mise en garde russe risque d’inquiéter une partie des voyageurs, même si les autorités locales s’efforcent de rassurer.
Diplomatie économique en parallèle
Dans ce contexte, le Premier ministre Anutin Charnvirakul s’apprête à se rendre en Russie pour le sommet commémoratif ASEAN‑Russie à Kazan, les 17 et 18 juin. Objectif : renforcer la coopération économique, ouvrir de nouveaux marchés pour les produits thaïlandais et attirer des investissements dans l’énergie, les matières premières et l’agroalimentaire.
Le gouvernement insiste sur la nécessité de transformer ces rencontres en résultats concrets : création d’emplois, hausse des exportations et amélioration de la compétitivité du pays. La Russie, acteur clé des chaînes d’approvisionnement mondiales, est perçue comme un partenaire stratégique dans un contexte de volatilité économique et géopolitique.



