
La crise de l’emploi frappe aussi les cockpits. Selon le ministère thaïlandais des Transports, 1 736 pilotes thaïlandais sont actuellement sans emploi, tandis que 1 219 titulaires de licence commerciale attendent toujours un poste. Un paradoxe dans un pays où le trafic aérien dépasse 900 000 vols par an, et où la reprise du tourisme aurait dû relancer les embauches.
Trop de pilotes, pas assez de sièges
Le vice‑ministre des Transports, Phattrapong Phattraprasit, reconnaît un déséquilibre entre la formation et la demande réelle. Les écoles de pilotage produisent chaque année plusieurs centaines de diplômés, mais les compagnies aériennes n’embauchent pas au même rythme. Certaines préfèrent même recruter des pilotes étrangers expérimentés, aggravant la frustration des jeunes Thaïlandais formés localement.
Le système « Pay to Fly » dans le viseur
La Thai Pilots Association dénonce le recours croissant au système controversé « Pay to Fly », qui oblige les jeunes pilotes à payer pour accumuler des heures de vol avant d’être embauchés. Le coût total peut dépasser 6 millions de bahts, dont environ 3 millions pour la formation initiale et autant pour la certification sur type d’appareil.
« Ce modèle crée une barrière injuste et met en danger la sécurité aérienne », alerte l’association. Les jeunes pilotes, souvent endettés, subissent une forte pression financière qui peut affecter leur concentration et leur stabilité professionnelle.
Un secteur en mutation
La Thaïlande compte environ 5 000 pilotes actifs, répartis entre Thai Airways, Bangkok Airways, Thai AirAsia, Thai VietJet et plusieurs compagnies régionales. Mais la reprise post‑pandémie s’est accompagnée d’une restructuration : certaines compagnies ont réduit leurs flottes ou externalisé leurs opérations. Résultat : la demande de pilotes reste inférieure à l’offre. La France possède 20 000 pilotes dont aucun ne chôme.
Le ministère des Transports étudie désormais des mesures pour réguler les programmes de formation, mieux coordonner les écoles et les compagnies, et encadrer les pratiques de recrutement. L’objectif : éviter que la profession ne devienne un luxe réservé à ceux qui peuvent payer leur place dans le cockpit.
Vers une réforme du ciel thaïlandais
Les autorités veulent aussi renforcer la compétitivité du secteur aérien, qui transporte plus de 160 millions de passagers par an. En parallèle, la Thai Pilots Association appelle à une protection accrue des travailleurs et à une révision du modèle économique des compagnies.
Pour les jeunes pilotes, la route vers le ciel reste semée d’embûches. Et tant que le marché ne retrouvera pas son équilibre, des centaines de diplômés continueront à regarder les avions décoller… depuis le tarmac.



