
Le ministère du Commerce a défendu son initiative de vendre des durians à 100 bahts l’unité lors d’un livestream animé par l’influenceuse Pimrypie, malgré une vague de critiques sur les risques de déstabilisation du marché. Selon Kornnit Nonjui, porte-parole du ministère, cette campagne vise uniquement les fruits de qualité inférieure destinés à la consommation locale, et non les durians premium réservés à l’exportation. « Les prix de marché restent stables autour de 140–150 bahts le kilo », a-t-il assuré, soulignant que l’opération cherche à écouler une production en hausse de 33 % cette année.
Le projet, prévu pour le 28 avril avec un objectif d’un million de fruits vendus, s’inscrit dans une stratégie plus large de “commerce en direct”. L’idée : réduire les intermédiaires, former les agriculteurs aux ventes numériques et rapprocher directement producteurs et consommateurs. Le ministère y voit un moyen de stimuler la demande face à une offre abondante, tout en modernisant les circuits de distribution.
Mais l’annonce a déclenché une vive controverse. Warisa Meecharoen, du principal parti d’opposition, a jugé le prix « irréaliste », rappelant que même les durians de second choix dépassent généralement les 100 bahts pièce. Elle a mis en garde contre une possible « destruction des mécanismes de prix » si des fruits de meilleure qualité étaient inclus dans la promotion. Dans le même esprit, l’ancien moine devenu commentateur social Paiwan “Parry” Wannabud a dénoncé le risque d’une guerre des prix qui fragiliserait les petits vendeurs. « Rendre le durian plus accessible est compréhensible, mais il faut garantir aux agriculteurs des revenus durables », a-t-il insisté, évoquant le poids croissant des engrais et autres intrants.
La polémique a pris une dimension politique. Parit Wacharasindhu, député du Parti du peuple, a annoncé que la question des prix agricoles serait débattue au Parlement le 29 avril. Il a pointé les contradictions entre les déclarations officielles, qui parlent de fruits de qualité inférieure, et les supports promotionnels évoquant des durians “premium” ou grade A. « Les agriculteurs craignent que ce signal ne provoque une chute plus large des prix », a-t-il averti, appelant le ministère à clarifier sa position.
Face aux critiques, la ministre du Commerce Suphajee Suthumpun a défendu l’opération comme une tactique de promotion adaptée à une production record de plus de 2 millions de tonnes. Elle a assuré que les prix à la ferme pour les durians de grade A et B restent autour de 140–150 bahts le kilo, et que la campagne de Pimrypie relève d’une stratégie d’impact immédiat grâce à l’influence et la portée de ses ventes en direct.
Entre modernisation des circuits et inquiétudes sur la viabilité des revenus agricoles, le durian à 100 bahts cristallise un débat plus large : comment concilier marketing choc et stabilité des prix dans un secteur déjà fragilisé par la hausse des coûts.



