
Le gouvernement thaïlandais a tenu à clarifier les chiffres avancés autour du projet de « Land Bridge » ou pont terrestre, estimé à près de 1 000 milliards de bahts.
Selon Lalida Periswiwatana, porte‑parole adjointe, les 50 milliards de bahts annoncés pour le ravitaillement des navires ne sont pas un profit net, mais le chiffre d’affaires total attendu. Autrement dit, c’est la valeur de toutes les opérations générées par le projet, avant déduction des coûts. Concrètement, cela veut dire que la Thaïlande veut devenir un point stratégique où les bateaux viennent faire le plein. Le gouvernement précise que les 50 milliards de bahts ne sont pas une « manne » qui tomberait directement dans les poches de l’État ou des entreprises, mais une estimation de l’activité économique créée par ce nouveau service.
Lalida a rappelé que la Thaïlande dispose d’une solide capacité de raffinage, avec une production supérieure à la demande intérieure et une position d’exportateur régional. Le volet « bunkering » ou « station-service pour bateaux » s’inscrit dans une stratégie visant à faire du pays un hub logistique sur les routes maritimes internationales.
Le projet est conçu dans le cadre d’un partenariat public‑privé (PPP) : les investisseurs privés devraient financer les infrastructures énergétiques, tandis que l’État définirait l’orientation stratégique afin de limiter la charge budgétaire et renforcer la compétitivité.
Saroj Samart, proche du vice‑Premier ministre et ministre des Transports Phiphat Ratchakitprakarn, a souligné que le projet avait été longuement étudié et restait une priorité malgré les incertitudes mondiales. Il doit relier deux mers, renforcer la résilience économique et offrir des bénéfices durables. Il permettrait aux navires, en particulier chinois, d’éviter le détroit de Malacca au moment où l’Indonésie évoque un péage.
Le Premier ministre Anutin Charnvirakul, également ministre de l’Intérieur, a confirmé que le Land Bridge constituait une politique phare du parti Bhumjaithai. Selon lui, la Thaïlande doit proposer une alternative crédible aux routes maritimes existantes, menacées par la concurrence et les droits de passage imposés dans certains détroits. « Si nous pouvons offrir une solution fiable qui génère la prospérité, nous devons avancer », a‑t‑il déclaré.
Le projet relierait des ports en eau profonde sur la mer d’Andaman et le golfe de Thaïlande, créant une voie de transit entre l’océan Indien et le Pacifique. Les sites retenus à ce jour sont Ranong et Chumphon, mais aucune décision n’a été prise. Phiphat a rejeté les critiques sur les délais de transbordement, rappelant que plus de 90 % du trafic mondial de conteneurs implique déjà des opérations de redistribution dans des hubs comme Singapour. La Thaïlande espère capter une partie de ce flux.
Les études préliminaires sont achevées et une nouvelle inspection est prévue en mai. Le projet devrait être soumis au cabinet entre juin et juillet, avec un lancement des appels d’offres au troisième trimestre. L’État n’investira pas directement, mais accordera des concessions et des terrains, laissant aux investisseurs privés le soin de financer la construction.
Le ministre singapourien Chan Chun Sing a rencontré lundi le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul au siège du gouvernement. Lors de cet entretien, Chan a exprimé un intérêt pour le projet de Land Bridge, présenté comme une opportunité économique régionale. Selon la porte‑parole Rachada Dhnadirek, Singapour suit le dossier de près, mais attend davantage de clarté avant d’envisager un engagement concret. La question est de savoir si le pont terrestre thaïlandais pourrait faire perdre du trafic maritime donc de l’argent à la ville-état.



