Paradorn Prisnanantakul
Le gouvernement thaïlandais a annoncé une réforme du Fonds de prêts étudiants (กยศ – SLF) afin de mieux aligner les filières universitaires sur les besoins du marché du travail. L’objectif est clair : réduire le nombre de jeunes diplômés contraints au chômage faute de débouchés.
Le ministre délégué auprès du Premier ministre, Paradorn Prisnanantakul, a expliqué le 17 septembre que les nouvelles règles privilégieront les étudiants inscrits dans des secteurs jugés stratégiques par l’État. Les filières soutenues bénéficieront d’un accès prioritaire aux prêts, tandis que les étudiants déjà en cours de cursus (années 2 à 4) ne seront pas affectés par ce changement. Seuls les nouveaux emprunteurs de première année seront concernés.
Actuellement, plus de 62 % des prêts sont accordés à des filières générales, tandis que seulement 34 % concernent des secteurs prioritaires. Le gouvernement veut inverser cette tendance en créant des incitations pour orienter les jeunes vers des domaines offrant de meilleures perspectives d’emploi. Cette réforme n’a pas pour but de réduire les dépenses, mais de garantir que les diplômés puissent trouver un travail rapidement après leurs études.
Le ministre a également souligné un autre défi majeur : la gestion des 2,6 millions de défauts de paiement. Chaque année, le fonds récupère environ 27 à 28 milliards de bahts, mais si les emprunteurs solvables réglaient leurs dettes, ce montant pourrait grimper à 40–50 milliards, renforçant la pérennité du système sans recourir à davantage de budget public. Le gouvernement veut donc cibler les mauvais payeurs capables de rembourser, afin de protéger les étudiants réellement dans le besoin.
Par ailleurs, des inquiétudes ont émergé dans certaines universités, où des étudiants craignent de ne pas pouvoir passer leurs examens faute de prêts validés. Le ministre a assuré qu’il travaillera avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour éviter toute exclusion et garantir que les jeunes puissent poursuivre leurs études.
Cette réforme intervient dans un contexte de crise de liquidité du SLF, qui menace des milliers d’étudiants. L’opposition, notamment le People’s Party, alerte sur un déficit budgétaire de 7 milliards de bahts prévu pour 2027 et réclame un financement d’urgence. Selon une enquête, 45 % des étudiants concernés risquent de devoir abandonner ou suspendre leurs études faute de prêts.
Le gouvernement fait face à un double impératif : assurer la viabilité financière du fonds et préserver l’égalité d’accès à l’éducation. Car le système de prêts étudiants n’est pas un simple outil budgétaire : il constitue l’alpha et l’oméga de l’université thaïlandaise. Sans lui, le nombre de jeunes pouvant poursuivre des études supérieures serait considérablement réduit. Ces prêts sont devenus une fierté nationale, symbole de l’engagement du royaume envers l’éducation. Remettre en cause leur fonctionnement reviendrait à fragiliser l’avenir des étudiants et à commettre un véritable suicide économique, tant l’enseignement supérieur conditionne la compétitivité du pays. Les prochains mois diront si les ajustements annoncés suffisent à préserver ce pilier essentiel du système éducatif.



