Image Prachathai dont l'article ci-dessous reprend l'analyse
La Thaïlande et le Cambodge ont tenu mi‑septembre à Singapour leur première session de conciliation obligatoire dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS). Trois jours de discussions (14‑16 septembre) ont permis aux deux pays de présenter leurs positions sur le différend qui les oppose dans le Golfe de Thaïlande, une zone riche en ressources énergétiques et stratégiques.
Les attentes du Cambodge
Le ministre des Affaires étrangères Prak Sokhonn a rappelé que Bangkok avait unilatéralement mis fin au Mémorandum d’entente de 2001 en mai dernier. Phnom Penh affirme vouloir reconstruire la confiance par ce processus et propose deux pistes :
- Un traité fixant une frontière maritime unique.
- Un accord provisoire de développement conjoint, avec partage équitable des ressources, en attendant un accord définitif.
Le Cambodge insiste aussi sur la nécessité de mettre en œuvre les accords bilatéraux existants, notamment celui du 27 décembre 2025, afin de permettre le retour de milliers de villageois déplacés et la préservation de sites culturels endommagés.
La position thaïlandaise
Le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Sihasak Phuangketkeow, a adopté un ton plus offensif. Selon lui, le différend doit se limiter à la délimitation de la frontière maritime et ne concerne pas la souveraineté terrestre, notamment autour de l’île de Koh Kut. Il a rejeté la ligne de plateau continental revendiquée par Phnom Penh en 1972, jugée sans base légale.
Bangkok estime que le MOU de 2001 n’a produit aucun progrès en 25 ans et qu’il fallait repartir sur de nouvelles bases. La Thaïlande refuse l’idée d’un développement conjoint et veut un tracé clair de la frontière, en s’appuyant sur le droit international.
Un processus inédit
La conciliation obligatoire est rare : c’est seulement le deuxième cas de ce type dans l’histoire du droit de la mer, après le différend entre Timor‑Leste et l’Australie. Chaque pays a nommé deux conciliateurs, rejoints par une présidente australienne, Katrina Cooper. Leurs recommandations ne seront pas juridiquement contraignantes, mais elles auront un poids politique et diplomatique.
Perspectives
Les observateurs estiment qu’il sera difficile d’aboutir à une frontière unique couvrant les 26 000 km² de zone contestée. Plus probable : un nouvel accord‑cadre ou un MOU détaillé pour poursuivre les négociations. Le modèle de développement conjoint, déjà appliqué entre la Thaïlande et la Malaisie et qui avait été évoqué justement entre la Thaïlande et le Cambodge avant les hostilités, reste une option, mais Bangkok s’y oppose pour l’instant.
En résumé : Phnom Penh mise sur un partage des ressources et une frontière commune, tandis que Bangkok exige uniquement une délimitation maritime. Le processus UNCLOS, fondé sur la confiance, devra rapprocher deux visions opposées, sans désigner de vainqueur ni de perdant.



