
Le projet n’en est encore qu’au stade préparatoire, mais Bangkok accélère ses travaux. La Thaïlande se dote progressivement du cadre réglementaire et des compétences nécessaires pour accueillir de futurs petits réacteurs nucléaires modulaires, connus sous l’acronyme anglais SMR (Small Modular Reactors).
L’objectif apparaît dans l’avant-projet du nouveau plan national de développement électrique (PDP 2026), qui envisage jusqu’à 9 000 mégawatts de capacité nucléaire installée à l’horizon 2050. Une perspective qui suppose de vastes préparatifs administratifs, techniques et humains avant la mise en service du moindre réacteur.
Selon le Dr Rungreung Kitphati, secrétaire général de l’Office of Atoms for Peace (OAP), la Thaïlande dispose déjà d’une législation encadrant l’ensemble du cycle de vie des installations nucléaires. Toutefois, les technologies SMR étant nombreuses et souvent très différentes les unes des autres, des règles plus spécifiques doivent encore être élaborées.
Former les experts de demain
Parmi les principaux défis figure celui des ressources humaines, actuellement inexistantes. Une évaluation préliminaire réalisée selon la méthodologie de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a identifié plusieurs domaines nécessitant un renforcement, notamment la formation de spécialistes capables de superviser et contrôler les futures installations.
L’OAP a déjà mis en place une structure dédiée au développement des compétences dans les domaines nucléaire et radiologique. Un plan de formation à long terme est également en cours d’élaboration afin d’assurer la disponibilité des experts nécessaires au déploiement du programme.
Des règles adaptées aux nouveaux réacteurs
Les SMR se distinguent des centrales nucléaires conventionnelles par leur taille réduite et leur conception modulaire. Certains modèles sont destinés à être installés sur terre, tandis que d’autres pourraient être déployés sur des plateformes flottantes.
Cette diversité technologique oblige les autorités à adapter leur réglementation. Les futures règles devront notamment préciser les critères de sélection des sites, les conditions de fabrication des modules à l’étranger, leur assemblage sur le territoire thaïlandais ainsi que les méthodes de gestion des déchets radioactifs.
Autre sujet sensible : le financement à long terme. Les autorités souhaitent mettre en place des mécanismes garantissant la disponibilité de fonds dédiés au traitement du combustible usé, à la gestion des déchets nucléaires et au démantèlement des installations en fin de vie.
Un parcours administratif strict
La législation actuelle prévoit déjà cinq étapes obligatoires : autorisation du site, permis de construire, approbation du chargement du combustible et des essais, licence d’exploitation puis permis de démantèlement.
Les autorités soulignent également qu’elles pourront s’appuyer sur l’expérience des pays fournisseurs de technologies nucléaires, notamment en utilisant les certifications déjà obtenues à l’étranger pour accélérer certaines procédures d’évaluation.
Le débat s’invite à Bangkok
Ces questions seront au cœur d’un atelier régional organisé à Bangkok du 2 au 6 novembre avec le soutien de l’AIEA et du département américain de l’Énergie. Experts internationaux, représentants de la Banque mondiale, de la Banque asiatique de développement et industriels du secteur y examineront les questions de réglementation, de financement et de choix des sites.
Pour le gouvernement thaïlandais, l’enjeu dépasse la seule question énergétique. Face à une demande d’électricité en hausse et aux objectifs de décarbonation, les petits réacteurs modulaires sont de plus en plus perçus comme une option susceptible de compléter les énergies renouvelables tout en renforçant la sécurité énergétique du royaume.



