
La campagne nationale contre les sociétés dites « nominees » ou « avec prête-nom »prend de l’ampleur. Le vice‑ministre de l’Intérieur, Polapee Suwunchwee, a annoncé mardi 1er septembre que 14 000 entreprises supplémentaires étaient désormais dans le viseur des autorités. Ces structures sont suspectées d’utiliser des Thaïlandais comme prête‑noms pour contourner les restrictions de la loi sur les propriétés étrangères (Foreign Business Act B.E. 2542, 1999).
Lors d’une réunion itinérante du Cabinet à l’université Prince of Songkla, campus de Hat Yai, Polapee a précisé que 2 314 sociétés détiennent déjà plus de 5 800 terrains à travers le pays, pour une valeur totale estimée à 65 milliards de bahts. Les enquêtes en cours visent à déterminer si les 14 000 nouvelles entreprises identifiées recourent elles aussi à des prête‑noms.
Bangkok et provinces dans le collimateur
Interrogé sur le district de Huai Khwang, la nouvelle ville chinoise de Bangkok, Polapee a indiqué que les services disposaient d’informations sur plusieurs zones de la capitale et des provinces où ces pratiques seraient répandues. Les données proviennent du Département de l’administration provinciale et du ministère du Commerce. Les inspections se concentrent sur les licences commerciales : « Si une société n’a pas de licence, nous procéderons à une vérification », a‑t‑il déclaré. De nouvelles opérations sont prévues dans les provinces du centre et du nord.
Descente dans un club de Huai Khwang
Polapee a reconnu que les « business douteux poussent comme des champignons » à Huai Khwang, mais a assuré que les autorités restaient déterminées à agir. Le vice‑ministre a également évoqué les décisions de l’administration métropolitaine de Bangkok (BMA) de fermer provisoirement certains établissements de nuit à Saphan Khwai où les Chinois commencent à arriver. Ces mesures seraient liées à des préoccupations sanitaires, mais pourraient aussi concerner la conformité des bâtiments et des permis. Les clients et riverains doivent s’attendre à davantage de contrôles dans les semaines à venir.
Débat au Sénat sur la propriété étrangère
Le même jour, la sénatrice Prathum Wongsawat a proposé une réforme radicale : permettre aux investisseurs étrangers de détenir 100 % des parts d’une entreprise qu’ils financent intégralement. Selon elle, la limite actuelle de 49 % favorise les arrangements illégaux avec des prête‑noms, encourage le « capital gris » ou « mafias » et ouvre la porte à la corruption. Elle a plaidé pour un système transparent où la part de propriété correspondrait au capital réellement investi.
Prathum a également suggéré d’instaurer des seuils d’investissement donnant droit à la résidence, voire à la citoyenneté thaïlandaise. Une telle réforme, estime‑t‑elle, transformerait le « capital gris » en « capital blanc » dès le départ, réduisant les risques d’évasion fiscale et de paiements illicites.
Nombre de commerces ne verraient tout simplement pas le jour sans investissement étranger.
Un enjeu économique et politique
La lutte contre les sociétés « nominees » illustre les tensions entre volonté d’attirer les capitaux étrangers et nécessité de protéger l’économie nationale. Alors que les autorités multiplient les descentes et les enquêtes, le débat parlementaire montre que certains élus souhaitent revoir en profondeur les règles de propriété pour assainir le système.



